Rocky

Le 27 novembre 1976, le boxeur Robert « Rocky » Balboa devient champion du monde des poids lourds. Au terme de quinze rounds, il triomphe par KO de son adversaire, le redoutable Apollo Creed. Ainsi débute la carrière de l’un des plus grands pugilistes de l’histoire, avec 57 victoires et deux titres mondiaux.
Rocky n’a jamais existé ; mais, aussi célèbre que Mohammed Ali, il apparaît plus vrai qu’aucun boxeur réel. La culture médiatique a le pouvoir de conférer une réalité supérieure à ses héros, de créer « une autre vie présente » dans laquelle se déploie une histoire parallèle et nouée à la nôtre. Étudier la fiction en historien, comme le fait ici Loïc Artiaga, permet de cerner les fantasmes sociaux et leurs transformations. Pour ceux qui voulaient y croire, un Italo-Américain de Philadelphie, boxeur médiocre, trop lourd et trop lent pour être crédible sur un ring, a contré l’ascension des athlètes noirs et mis en échec l’Union soviétique. Rocky cristallise les frustrations sociales, hantises raciales et autres peurs viriles de son époque où s’invente aussi, dans le monde « réel », le sport spectacle.

Terre et capital

L’humanité a basculé dans l’ère des catastrophes globales. Partout sur la planète les forêts brûlent, les océans s’asphyxient, les espèces disparaissent. La sixième extinction de masse est en marche. L’urgence commande l’élaboration d’une politique qui conjurerait la destruction généralisée de la vie : un communisme du vivant. Puisque la crise environnementale procède de la recherche effrénée du profit, toute écologie politique formulée en dehors de cet horizon est vouée à l’échec. S’appuyant sur une lecture conjointe du marxisme et des humanités environnementales, Paul Guillibert défend une philosophie sociale de la nature pour démontrer que la préservation de la biosphère est devenue une condition nécessaire à l’émancipation. 
Tentative inédite de fournir une assise théorique aux luttes pour les usages de la Terre et à la prise en compte des non-humains, cet essai propose une ambitieuse actualisation du projet communiste, fondée sur la protection du vivant.

Theodor W. Adorno

Theodor W. Adorno (1903-1969) est l’un des principaux représentants de la première génération de l’École de Francfort. Il est reconnu comme l’un des plus grands philosophes du xxe siècle. En France, en particulier, son œuvre fait actuellement l’objet d’un regain d’intérêt indéniable.
L’ouvrage Theodor W. Adorno. La domination de la nature propose à la fois une introduction à sa pensée et une actualisation de celle-ci au prisme des débats contemporains en écologie politique. Le thème de la domination de la nature permet de tracer une transversale dans l’ensemble de la philosophie adornienne, des textes de jeunesse aux écrits de la maturité, tout en l’ouvrant aux enjeux de la crise écologique.
La thèse principale du livre est que le motif de la domination de la nature permet de penser dans un cadre commun l’exploitation du travail, le patriarcat, le racisme, le spécisme et les diverses formes de destruction environnementale. La philosophie d’Adorno peut alors être lue comme une critique systématique des sociétés capitalistes. Elle nous aide à réinventer pour notre époque un sujet politique qui articule ensemble luttes sociales et luttes écologiques.
Là où les modèles théoriques des deuxième et troisième générations de l’École de Francfort (la théorie de l’agir communicationnelle de Habermas et la théorie de la reconnaissance de Honneth) restent anthropocentrés et peu ouverts à la question écologique, le modèle adornien de critique sociale manifeste ainsi toute son actualité.

W. E. B. Du Bois

« Quel effet ça fait d’être un problème ? » Quel effet ça fait d’être à la fois Noir et Américain, quand les deux termes sont supposés contradictoires ?
C’est à travers l’examen de la notion de « double conscience », clé de l’expérience subjective des Noirs américains, que les auteur·ice·s nous invitent à découvrir l’œuvre magistrale et multiforme du grand intellectuel afro-américain W. E. B. Du Bois, né en 1868, peu après la fin de la guerre de Sécession, et mort en 1963, à la veille du discours de Martin Luther King Jr. « I have a dream ». Leur ouvrage est la première introduction en français à cette œuvre majeure.
De son opposition à Booker T. Washington à son adhésion au marxisme, de l’expérience de la ségrégation à la conviction que le sort de la démocratie américaine se joue dans la condition des Noirs, ce livre retrace la trajectoire de W. E. B. Du Bois et nous invite à faire nôtre son héritage.
La « double conscience » décrit le déchirement intérieur des Noirs américains, mais apparaît aussi comme la source d’une lucidité particulière sur la construction raciale des rapports de pouvoir.
À l’heure où l’écho du mouvement Black Lives Matter se fait entendre partout, à l’heure où la notion de « race » et son articulation aux principes d’égalité et de justice suscitent les plus vifs débats, l’actualité des analyses de Du Bois est brûlante.

Archéologies du futur

Tantôt dénigrée pour sa loufoquerie, tantôt assimilée à un « totalitarisme » qui broie les individus, l’utopie a toujours subi le feu nourri des critiques. C’est oublier qu’avant d’être programme, elle est désir : révolte contre les injustices spécifiques de ce monde et aspiration à la transformation radicale de ce qui existe. L’une des grandes réussites de l’idéologie dominante est de la rendre non seulement impossible, mais, surtout, indésirable. À l’heure où le système capitaliste s’enlise dans d’incessantes crises, il est urgent de renouer avec le sens du futur qui a pour nom utopie.

Tel est l’objet de ce maître ouvrage, qui, pour démontrer la pertinence politique de cette forme littéraire, nous fait traverser l’espace et le temps, visiter des univers stupéfiants et rencontrer de mystérieux aliens, en embrassant à la fois les textes essentiels de la tradition utopique, de Thomas More à William Morris, et la science-fiction, de H. G. Wells à Kim Stanley Robinson, sans oublier bien sûr Philip K. Dick et Ursula Le Guin. La capacité à rêver le futur est la mesure de notre puissance collective.

Provincialiser la langue

Lorsqu’ils ont colonisé l’Afrique, les Européens y ont imposé leur conception idéologique du langage. Pour eux, les pratiques langagières ne pouvaient être appréhendées qu’au prisme d’un ordre de la langue instituant l’essor d’une culture nécessairement nationale. Cette idéologie s’est traduite par la mise en œuvre d’un véritable impérialisme linguistique : outre l’imposition des langues européennes, les missionnaires, puis les administrateurs coloniaux ont façonné des « dialectes africains », catégorisés comme tels afin de mieux les reléguer au bas d’une fantasmatique hiérarchie des langues.
Si une telle vision, relayée par une partie des élites africaines et confortée, aujourd’hui encore, par les institutions de la Francophonie, a largement survécu aux indépendances, elle n’a jamais cessé d’être contestée – avec succès. C’est précisément de ce succès que Cécile Canut tire toutes les conséquences théoriques et politiques : en mettant au jour les biais inhérents aux approches prétendument scientifiques qui ont dominé l’étude du langage tout au long du xxe siècle, elle nous invite à provincialiser la notion même de langue, ce modèle décharné d’une supposée modernité.

Le Nouveau Monde

Dans quel pays vivons-nous ? « Un nouveau monde », disent-ils. Mais lequel ? Pour répondre à cette question, il fallait mener une enquête de grande ampleur sur la France contemporaine.

Le Nouveau Monde, auquel ont participé près de quatre-vingt-dix auteurs – chercheurs en sciences sociales, journalistes, écrivains, praticiens et militants –, brosse un tableau sans équivalent de la France à l’heure néolibérale. En mêlant les voix et les regards, en multipliant les angles et les cadrages, en réinscrivant notre présent dans des tendances de plus long terme, il nourrit l’ambition de rendre intelligible le moment singulier dans lequel nous nous trouvons : prédation des communs et crise écologique, emprise de la finance et capture de l’État, délitement politique et violence sociale généralisée.

Du séparatisme de la bourgeoisie aux formes instituées du mépris, des piliers de l’ordre dominant aux multiples oppositions, alternatives et diversions qu’il suscite, du quotidien des travailleurs aux mythologies qui structurent l’esprit du temps, ce livre-somme dégage les lignes de force de l’époque. Pour construire un autre nouveau monde, le nôtre.

Antisémitisme et Islamophobie

En France, le seul emploi du mot « islamophobie » provoque des froncements de sourcils, suscite des cris d’indignation, du fait de la campagne soutenue menée par certains intellectuels, politiques et médias pour nier la réalité qu’il propose de décrire. Malgré cette hostilité, les travaux sociologiques et historiques portant sur l’islamophobie moderne ont connu de grandes avancées ces dix dernières années. Beaucoup d’entre eux soulignent que les musulmans sont racialisés, au prétexte non pas de différences morphologiques ou « biologiques », mais de caractères culturels et religieux.
Les juifs d’Europe ayant été le premier groupe religieux à être perçu et représenté comme une race distincte, une étude croisée avec l’antisémitisme s’impose comme l’une des approches les plus pertinentes. Ce livre propose une synthèse historique aussi rigoureuse que vivante à l’usage du grand public. Si son objectif principal est d’élucider la relation exacte entre la racialisation du juif et celle du musulman en Occident du Moyen Âge à nos jours, il voudrait également fournir un cadre théorique pour une approche globale des différentes formes de racisme.

L’Art et l’Argent

L’art et l’argent : ce vieux couple célèbre depuis peu de nouvelles noces, à nouveaux frais. À tel point qu’il est devenu difficile, voire impossible, de ne pas immédiatement parler d’argent lorsqu’on parle de l’art d’aujourd’hui. L’art semble désormais l’affaire exclusive des plus riches ; les autres sont invités à en admirer les effets mais à éviter d’en tirer les conséquences et d’en penser l’implicite.

Ce livre part au contraire de l’idée que la question de l’art, donc aussi celle de ses rapports avec l’argent, appartient à tout le monde. En mêlant témoignages, essai littéraire, textes théoriques et reproductions d’œuvres contemporaines, en s’intéressant aux fondations privées comme aux écoles d’art, à la spéculation comme à la condition d’artiste et à la précarisation des travailleurs des mondes de l’art, il voudrait permettre de mieux comprendre depuis quand, comment et sous quelles formes la « valeur » argent a transformé nos façons de faire de l’art, de le regarder et d’en parler.

La Colonisation du quotidien

Le capitalisme ne fait plus : il fait faire. Initié dans la seconde moitié du xxe siècle, un vaste mouvement d’externalisation de la main-d’œuvre s’est emparé de pans entiers de l’économie mondiale, bouleversant les processus de production et les conditions de travail. À la généralisation de la sous-traitance a succédé celle de l’auto-entreprenariat, nouveau masque de la subordination. Assimilé à un jeu, le travail lui-même se trouve désormais occulté, dénié, tandis que le rapport marchand colonise une à une les sphères de la vie sociale et de l’intimité. Nourri par les récentes mutations technologiques, ce mouvement se cristallise particulièrement dans l’essor de l’économie de la plateforme, dont les principaux acteurs, d’Amazon à Deliveroo en passant par Uber, nous sont devenus familiers en une décennie à peine.

Patrick Cingolani nous invite à une plongée vertigineuse dans ces nouveaux laboratoires de la production, où la plus grande précarité côtoie le travail gratuit, où les aspirations à l’autonomie sont détournées au profit d’une minorité et où la surveillance se massifie de manière inédite. Il montre que la logique du compte ne saurait être vaincue sur son propre terrain, et nous invite à renouer avec un imaginaire utopique.