Jean-François Hamel,
Les Feuilles de l’après-mai
Une histoire littéraire du gauchisme
« J’ai voulu les lire, ces feuilles éphémères, ces bulletins militants, ces canards contestataires pour ce qu’ils étaient en leur temps : des opérations d’écriture et de publication, qui constituaient de plein droit des actions politiques, puisant leurs ressources dans un répertoire singulier d’usages, de pratiques et de formes, qui ne sont pas tout à fait étrangers à ce que nous appelons littérature. »
Et si les inventions d’écriture, loin d’être l’apanage de la littérature, se trouvaient aussi dans les journaux militants, les feuilles contestataires, les canards contre-culturels ? Et si les « rotatives de la colère » constituaient un laboratoire insoupçonné de pratiques et d’usages de l’écrit ? Il faudrait alors que l’histoire littéraire délaisse la vénération des singularités esthétiques et s’ouvre enfin au régime de collectivité des écritures militantes. C’est le pari critique de cet essai.
Au cœur des années 68, en dépit d’une sévère répression d’État, des dizaines de journaux naîtront des rangs du gauchisme et perpétueront l’insubordination poétique, rhétorique et médiatique du soulèvement de mai. Cette presse dite tour à tour « libre », « parallèle » et « sauvage » ne cessera d’expérimenter la performativité politique des actes d’écriture, c’est-à-dire leur capacité à agir et à faire agir. Les feuilles de l’après-mai éclairent ce qu’écrire veut dire pour celles et ceux qui, à distance de la littérature, rêvent de changer la vie.