Mario Moretti fut l’un des dirigeants des Brigades rouges.
Auteur : Editions Amsterdam
Julia Legrand
Julia Legrand est sociologue, docteure de l’université Paris 8, chercheuse rattachée au Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris. Elle est spécialiste des enjeux de légitimation scientifique et politique de la médecine.
L’Éternel retour de l’hystérie
« L’hystérie n’échappe particulièrement pas à la règle : l’usage du terme est toujours à la frontière entre la catégorie médicale et la catégorie profane, entre le diagnostic et l’injure. »
« Hystérique » est désormais une injure ; pourtant, l’usage du terme perdure dans le champ médical et psychologique. Telle est la curieuse situation dont Julia Legrand propose dans cet ouvrage d’éclairer les ressorts.
Retraçant la genèse de cette catégorie, elle montre comment le développement de son usage comme injure sexiste dans le sens commun a abouti dans les années 1970 à sa suppression des classifications officielles, sans pour autant conduire à son abandon. En effet, d’autres troubles lui ont simplement été substitués, si bien qu’en pratique, l’étiquette demeure utilisée pour désigner une forme de «folie douce» et disqualifier la parole des femmes – quand bien même elle ne leur serait désormais plus accolée de manière exclusive.
Analysant ce que cette perdurance révèle de l’état de la psychanalyse et de la psychiatrie, l’autrice interroge aussi la réappropriation contemporaine de la figure de l’hystérique par les mouvements féministes, comme outil de lutte contre la réduction au silence et la pathologisation de colères politiques. Elle livre ainsi une réflexion originale sur les conditions et les limites d’une démarche plébiscitée dans les milieux militants : le retournement du stigmate.
Jean-François Hamel
Jean-François Hamel est professeur au département d’études littéraires de l’Université du Québec à Montréal. Il est notamment l’auteur de Camarade Mallarmé. Une politique de la lecture (Minuit, 2014) et de Nous sommes tous la pègre. Les années 68 de Blanchot (Minuit, 2018).
La République des biens communs
Sortir de l’horizon marchand en inventant des formes institutionnelles adaptées à une politique des biens communs.
À l’heure où une crise sans précédent, écologique, démocratique et sociale, nous impose de repenser de toute urgence nos manières d’habiter le monde et d’agir ensemble, la notion de biens communs s’est installée dans le débat public. Mais que désigne-t-elle réellement ? Et surtout, quelles transformations politiques appelle-t-elle ?
Ce livre propose une réponse ambitieuse à ces questions. Pour prendre les biens communs au sérieux, il faut rompre avec les logiques de concurrence marchande et reconnaître les exigences d’une coopération démocratique. Ce déplacement ouvre sur une critique radicale de l’ordre du marché et des évidences qui l’accompagnent. Loin de réduire les communs à des expériences locales ou marginales, Pierre Crétois en fait le principe même de la réorganisation sociale et politique. Il esquisse ainsi les contours d’une véritable « république des biens communs », capable de répondre aux défis écologiques, économiques et politiques contemporains.
Antisémitisme et islamophobie
« L’antisémitisme et l’islamophobie sont des racismes liés par une histoire commune, et leur séparation appauvrit notre compréhension de l’un comme de l’autre. Le génocide en cours à Gaza et les discours qui l’accompagnent en sont la démonstration la plus tragique. »
En France, le seul emploi du mot « islamophobie » provoque des froncements de sourcils, suscite des cris d’indignation, du fait de la campagne soutenue menée par certains intellectuels, politiques et médias pour nier la réalité qu’il propose de décrire. Malgré cette hostilité, les travaux sociologiques et historiques portant sur l’islamophobie moderne ont connu de grandes avancées ces quinze dernières années. Beaucoup d’entre eux soulignent que les musulman·es sont racialisé·es, au prétexte non pas de différences morphologiques ou «biologiques », mais de caractères culturels et religieux.
Les juifs d’Europe ayant été le premier groupe religieux à être perçu et représenté comme une race distincte, une étude croisée avec l’antisémitisme s’impose. Plus encore, ce livre propose une synthèse historique rigoureuse et vivante qui permet de comprendre en quoi l’antisémitisme et l’islamophobie, deux formes de racisme qu’on croit séparées, sont en réalité les deux faces d’une même histoire. Si son objectif principal est d’élucider leur relation en Occident du Moyen Âge à nos jours, il permet également de penser la pluralité des racismes contemporains contre lesquels nous devons nous unir.
Luiz Renato Martins
Luiz Renato Martins enseigne l’esthétique et l’histoire de l’art à l’université de São Paulo. Il est l’auteur de nombreux livres et articles sur le cinéma et l’art moderne et contemporain.
La Conspiration de l’art moderne
La forme de l’art moderne, parce qu’elle suit les luttes populaires, est nécessairement inachevée et tend vers une révolution permanente.
La Conspiration de l’art moderne n’est pas un ouvrage d’histoire de l’art, pas même d’histoire sociale ou politique de l’art ; c’est un livre qui entend repenser le lien entre l’histoire et l’art et qui, par la même, renouvelle en profondeur notre perception de l’art moderne. Il étudie l’inscription du mouvement historique, l’émergence des nouvelles forces sociales et politiques et leurs effets dans la peinture, entre la période de la Révolution française et le milieu du XXe siècle, de David à Mark Rothko, en passant par Van Gogh et Cézanne. L’art moderne, explique Luiz Renato Martins, est la condensation d’une multiplicité d’expériences et le lieu d’une révolution inachevée.
L’auteur évoque les conditions matérielles de l’élaboration des tableaux – y compris les matériaux et instruments utilisés – et leur mise en œuvre dans le discours des œuvres et la pratique des peintres. Il examine ainsi la politique des artistes au sein de leur champ, la présence des forces sociales et politiques dans les œuvres et les réponses, notamment institutionnelles, dont les tableaux font l’objet. Ses interprétations les plus étonnantes concernent David et Manet : loin du néoclassicisme auquel on l’associe, le premier devient le précurseur du modernisme, d’une position d’avant-garde, et même du photojournalisme, tandis que le second, traditionnellement salué comme le parangon de l’autonomie de l’art, apparaît comme le peintre de la transformation des humains en marchandises, en êtres voués à la circulation du capital.
Lynn Hunt
Lynn Hunt est historienne, spécialiste de la Révolution française, et professeure émérite à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA).
L’Invention des droits de l’homme
« Comment se fait-il que la cause de l’égalité et de l’universalité des droits humains finit par triompher, certes pas de façon définitive (la chose est impossible), mais avec suffisamment de force pour que ce discours se retrouve au cœur de la nouvelle pensée mondiale qui vit le jour à la fin du XVIIIe siècle ? »
Les droits humains, que l’on croyait pouvoir tenir pour acquis, apparaissent désormais comme une conquête fragile. Lynn Hunt propose ici une relecture originale de leur histoire. S’ils ont pu être pensés et promus, s’ils ont pu s’emparer des cœurs, c’est grâce à l’émergence d’une arme de persuasion massive : la littérature.
Romans épistolaires, romances, feuilletons – ces formes littéraires apparues au XVIIIe siècle ont entraîné une révolution dans la perception que les individus avaient d’eux-mêmes et, in fine, de leur rapport aux autres. En apprenant à s’identifier à des inconnu·es, à ressentir leurs souffrances et à juger celles-ci moralement inacceptables, ils se sont ouverts à la lutte contre la torture et les peines cruelles. Il fallait que la société se conçoive comme un ensemble d’individus autonomes, doués de jugement moral et d’empathie, pour que le soutien aux droits humains devienne concevable. En liant pratiques culturelles et transformations sociales, émotions et politique, cet ouvrage éclaire les fondements de nos droits universels et de nos démocraties.
Emmanuel Terray
Emmanuel Terray (1935-2024) était un ethnologue et anthropologue marxiste. Enseignant à l’université de Vincennes à partir de 1968, il a été, par la suite, directeur de recherches à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Militant de longue date, il a consacré les quinze dernières années de sa vie au soutien du mouvement des sans-papiers.
Penser à droite
« Faut-il se résigner à regarder la pensée de droite comme un objet insaisissable ? Y a-t-il irréductiblement plusieurs droites dont la confluence ne serait qu’accidentelle ? Un indice nous met en garde contre une telle interprétation : les diverses fractions entre lesquelles la droite et ses penseurs se sont de tout temps répartis ont presque toujours su s’entendre aussitôt que la menace de l’adversaire devenait vraiment sérieuse ; dans les quelques occasions historiques où la division s’est révélée insurmontable, la cassure a aussi traversé l’autre camp. »
En 2012, à l’automne de sa vie, Emmanuel Terray entreprend une enquête sur la pensée de droite. Ce livre ambitieux et concis en est le produit. Débutant avec la Révolution française, il balaie plus de deux siècles de scissions internes à cette tradition, de multiplication des tendances, de prolifération des courants. Mais l’anthropologue découvre surtout des constantes, des schémas dont les similitudes ne sauraient tenir de la coïncidence : le réalisme, l’ordre, la patrie, la hiérarchie, la morale… Socle commun qui permet aux penseurs de droite d’appréhender le réel au travers des mêmes catégories, de l’apprécier à l’aune des mêmes valeurs.
En quoi une telle taxinomie intéresse-t-elle les militant·es de gauche ? « Tous les stratèges le savent : toujours à l’affût de nos erreurs, l’ennemi est le plus sûr des maîtres ; il faut donc accepter ses leçons avec autant d’humilité que d’attention ; nous en sortirons mieux armés pour la suite. » À l’heure où ce camp se reconstruit, se renforce et s’hybride avec l’extrême droite, il importe de le connaître pour mieux le combattre.
Nathan Genicot
Nathan Genicot est docteur en sciences juridiques. Il est chargé de recherche au FNRS.
Des règles sur mesure
« La prolifération des pratiques de profilage et de surveillance contribue à un délitement du social en occultant systématiquement les interdépendances et les solidarités qui font que la société peut être qualifiée comme telle. »
Si le profilage algorithmique est désormais omniprésent, on aurait tort d’y voir une technologie fondamentalement nouvelle : son avènement et son perfectionnement s’étalent en réalité sur plus d’un siècle et demi. Cet ouvrage propose une histoire de cette pratique, depuis son émergence dans les domaines du travail, de l’assurance et du crédit jusqu’aux méthodes contemporaines reposant sur l’intelligence artificielle.
Mobilisant tant le droit que l’histoire des sciences et des techniques, Nathan Genicot décrit comment l’accès à certains biens et services essentiels a de plus en plus été conditionné par les notations algorithmiques établies par les autorités publiques et les grandes entreprises. Surtout, il montre en quoi le profilage porte l’ambition de dépasser la généralité des instruments juridiques traditionnels au profit d’une société où la règle de droit serait faite « sur mesure », variant dans son application selon les spécificités de chaque individu. Et souligne comment cette tendance, loin de concourir à la promotion de l’égalité, menace d’en saper les fondements mêmes.
Rafeef Ziadah
Rafeef Ziadah est maîtresse de conférences en science politique à King’s College London.
Robert Knox
Robert Knox est maître de conférences en droit à l’université de Liverpool.