Défaire le dèmos

Le néolibéralisme ne doit pas être conçu comme une doctrine ou une politique économique, mais comme une logique ou une rationalité qui s’est progressivement emparée des États. Son mode opératoire consiste à introduire partout les valeurs du marché pour transformer toute chose et tout être en entité économique. Alors que le libéralisme traditionnel définissait un domaine propre de l’économie de marché, le néolibéralisme tend vers l’économisation intégrale de la vie. Wendy Brown ­l’illustre brillamment en étudiant, par exemple, les récentes transformations du droit et du secteur éducatif. Repartant des cours pionniers de Michel Foucault, elle montre comment la rationalité néolibérale implique une transformation de la politique en gouvernance et des citoyens en capital humain financiarisé. Ainsi cette dernière menace-t-elle les fondements du projet démocratique et l’idéal d’un gouvernement du peuple par lui-même.

La Plaine

Dans la plaine de la Beauce, région spécialisée dans la céréaliculture intensive, la modernité technicienne n’admet guère de critiques. Nuisances industrielles, surcharge de travail, endettement, maladies professionnelles : rien n’y fait. Dépossédés de leur métier, les agriculteurs continuent néanmoins, consentants ou résignés, à faire le pari du progrès. Alternant portraits de chefs d’exploitation et chapitres analytiques, ce documentaire éclaire d’un jour nouveau l’engrenage productiviste. Des exploitations agricoles aux réunions syndicales, des agences bancaires aux coopératives de semences, des formations techniques aux salons agricoles, La Plaine est une enquête sociale sur le consentement des travailleurs du productivisme et sur les forces sociales de l’inertie politique.

Spinoza, les passions du social

Cet ouvrage entend mettre en évidence les ressources effectives que recèle la pensée spinoziste pour les sciences sociales. Plus qu’à mettre en exergue l’intérêt que présente la pensée de Spinoza et d’expliciter les convergences possibles entre certains de ses aspects et des analyses menées en sciences sociales, il vise à souligner ce que cette philosophie peut réellement apporter à ces dernières. Les différentes contributions de ce collectif montrent donc comment la pensée spinoziste offre des éléments d’analyse qui permettent de résoudre des problèmes propres aux sciences sociales. D’autre part, elles envisagent la manière dont la confrontation avec la philosophie spinoziste aide à révéler des impensés ou des insuffisances de travaux en sciences sociales, afin de proposer des voies de problématisation et d’analyse plus satisfaisantes que celles qui s’offraient à elles jusque-là.
Réciproquement, cette mise en dialogue et en confrontation effective contribue à mettre au jour des aspects pas ou peu explorés de la pensée spinoziste. En ce sens, Les Passions du social contribue pleinement à une mise au travail de cette dernière, montrant qu’une pensée philosophique n’est en rien une pensée figée, si du moins on met à l’épreuve sa propre réception.
Cet ouvrage poursuit une entreprise engagée notamment dans l’ouvrage Spinoza et les sciences sociales, dirigé par Yves Citton et Frédéric Lordon en 2008. Il articule cependant plus précisément ses différentes contributions autour des ressources analytiques et critiques que recèle la théorie spinoziste des passions pour les sciences sociales.
Avec les contributions de : Judith Butler, Kim Sang Ong-Van-Cung , Frédéric Lordon, Eva Debray, Christophe Miqueu, Nicolas Marcucci, Nicolas Isräel, Pierre-François Moreau et Pascal Séverac

Histoire des des révoltes panafricaines

Histoire des révoltes panafricaines propose, à une époque où la quasi-totalité du monde noir vit encore sous le joug colonial, une histoire mondiale de la résistance des Noirs, de Saint-Domingue aux colonies africaines, en passant bien sûr par les États-Unis et les autres îles des Antilles. L’épilogue, écrit par James en 1969, revient sur la décolonisation de l’Afrique, le mouvement des droits civiques aux États-Unis, les conflits dans les Caraïbes, prolongeant, précisant et corrigeant les positions avancées à la fin des années 1930.
Rompant avec le cliché des primitifs subissant passivement leur exploitation, il affirme : « Le seul endroit où les Noirs ne se sont pas révoltés, écrivait James, c’est dans les pages écrites par les historiens capitalistes. » Aussi place-t-il les travailleurs noirs au centre de l’histoire mondiale, incluant, sans les hiérarchiser, un ensemble très divers de rébellions : révoltes d’esclaves, grèves, mouvements millénaristes ou antiracistes. Ce sont les masses qui font l’histoire, dans les conditions et avec les croyances qui sont les leurs ; les leaders, Toussaint comme Nkrumah, Garvey comme Nyerere, ont toujours été portés et produits par des processus collectifs. Manière de sortir aussi bien des approches marxistes axées sur l’ouvrier de l’industrie que des visions hagiographiques exaltant les « grands hommes de l’histoire ». Par son sujet et par son traitement, le livre de James n’a pas pris une ride ; au contraire, il pourrait même être encore en avance sur notre temps.

La Catastrophe invisible

L’ambition de ce livre est de donner de la profondeur historique à la catastrophe sanitaire et sociale que fut l’héroïne, à sa répression, aux dynamiques et cycles de sa consommation et de son trafic. Il raconte cette histoire dans ses multiples dimensions, sociale et économique, culturelle et urbaine, politique et géopolitique, en privilégiant le point de vue de ceux qui ont été ses acteurs ou témoins. Plus généralement, il prend l’héroïne comme analyseur, pour saisir ce que les drogues font à la société.
Le marché de l’héroïne se structure au cours des années 1950, mais c’est avec Mai 68 que s’amorce un premier tournant : dans ce bouillonnement politique, sociétal et culturel, les produits se diffusent au sein d’une jeunesse en quête de liberté et d’expériences. La fin des Trente Glorieuses marque un durcissement. La consommation d’héroïne s’étend et les sources d’approvisionnement se multiplient, bien au-delà du mythe de la « French Connection ». Les années 1980 sont un tournant majeur : on voit apparaître des « scènes » où les drogues sont vendues et consommées ouvertement dans les squats, quartiers délabrés, « banlieues » et autres « cités maudites ». Les ravages de l’héroïne deviennent de plus en plus visibles et sa diffusion joue un rôle central dans la construction du problème des banlieues dans sa version sécuritaire et racialisée. Les quartiers dits défavorisés vont être au cœur de sa diffusion mortifère, frappées par l’épidémie de sida, d’une part, et par les politiques répressives, d’autre part. Une bascule s’opère dans les années 1990 lorsque Simone Veil, ministre de la Santé, s’engage dans la mise en place d’un dispositif expérimental de réduction des risques.
L’histoire de l’héroïne est celle de la répression, de la guerre à la drogue et, en corollaire, de l’absence de culture de santé publique en France, mais c’est aussi celle d’un processus de transformation des appartenances collectives et des identités culturelles qui interroge le rôle des produits psychotropes dans le changement social.

Avec les contributions de Vincent Benso, Anne Coppel, Jean-Michel Costes, Claire Duport, Emmanuelle Hoareau, Michel Kokoreff, Aude Lalande, Alexandre Marchant, Fabrice Olivet, Michel Peraldi, Liza Terrazzoni.

Gérard Bras

Gérard Bras, directeur de programme au Collège International de Philosophie (2001-2007) et président de ­l’Université populaire des Hauts-de-Seine, est désormais professeur honoraire de philosophie en première supérieure. Il est l’auteur de Hegel et l’art (P.U.F.), Pascal, figures de l’imagination (en collaboration avec J.-P. Cléro, P.U.F.) et de Les ambiguïtés du peuple (Pleins feux).

Les Voies du peuple

Dèmos, plèbe, populace ou multitude – le mot « peuple » est polysémique. Terme essentiel de la politique moderne, il constitue pourtant aussi un point aveugle de la philosophie politique. D’un côté, on le soupçonne d’être le vecteur d’une démagogie nationaliste, voire raciste ; d’un autre, on l’a vu réapparaître avec le « printemps arabe » et les mouvements d’occupation des places.
Ce livre veut prendre au sérieux le nom du peuple et en faire un objet théorique. Il prend le parti de l’histoire conceptuelle afin de rendre sensibles son usage et ses sens, dans les discours théoriques comme politiques.
À travers trois grandes séquences – la Révolution française, la France gaulliste de la résistance puis de la guerre d’Algérie et, pour finir, les perspectives qu’offre la philosophie contemporaine – et l’étude minutieuse des écrits de philosophes et d’historiens tels que Rousseau, Hegel, Michelet, Laclau ou Rancière, il restitue sa complexité pour éclairer ses usages les plus délétères et renouer avec ses potentialités émancipatrices.

Bon de commande Prairies ordinaires – Fonds 2017-2018

Chers libraires,

Depuis le début de l’année, le catalogue des Prairies ordinaires a retrouvé le chemin de vos rayons de librairie. Nous en sommes évidemment très heureux et vous en remercions. Pour vous aider à reprendre connaissance de la richesse de ce fonds, nous avons préparé un bon de commande récapitulatif, comprenant :

– Les meilleures ventes depuis la reprise, pour quelques valeurs « sûres »,

– La liste exhaustive des titres disponibles (que vous pouvez désormais également consulter dans la rubrique « Catalogue » de notre site pour plus de détails),

– Les titres indisponibles dont une réimpression est d’ores et déjà programmée.

Et bien sûr, les Prairies ordinaires n’en restent pas là : les parutions reprendront dès le ­printemps prochain, avec un nouveau projet éditorial, principalement axé sur les arts et la culture.

L’équipe des Éditions Amsterdam-Prairies ordinaires

>> Consulter le BDC <<

Quand lire c’est faire

L’argument défendu par Stanley Fish dans cet ouvrage est aussi simple qu’inacceptable : ce sont les lecteurs qui font les livres. Contre-intuitive à souhait, la thèse est faite pour choquer le bon sens commun (auquel Fish paraît se délecter de donner du bâton).
Depuis la parution en 1980 de ce classique intitulé Is there a Text in this Class? The Authority of Interpretive Communities (dont le coeur constitue le présent ouvrage), qui présente et discute cette thèse, l’argumentaire développé par Stanley Fish est devenu « Ce Qu’il Faut Démonter » pour quiconque entend faire prendre les études littéraires au sérieux. Vingt-cinq ans après leur parution dans leur langue originale, les essais consacrés à la dimension projective de l’interprétation non seulement gardent toute leur pertinence, mais s’avèrent tirer un sens et une urgence renouvelés à la lumière des évolutions récentes des débats publics et des mentalités.
Cette théorie du lecteur-faiseur de texte peut être mise en relation avec d’autres formes contemporaines de « libération », d’encapacitation (empowerment) et de revendication d’« autonomie ». Pas besoin d’attendre du Maître qu’il nous donne la clé de la bonne interprétation du texte (qu’il serait seul à détenir) : chacun peut faire d’une liste de commissions un poème religieux ! Il n’y a plus lieu de souscrire à la division aliénante du travail – d’ailleurs contemporaine de l’émergence du capitalisme industriel – entre un auteur créatif (mais généralement mort) et un lecteur bien vivant mais condamné à suivre servilement les notes d’une partition déjà écrite ! Sous les pavés disciplinaires de l’histoire littéraire, la plage de toutes les libertés interprétatives !

Stanley Fish

Stanley Fish n’est pas seulement le modèle du célèbre Morris Zapp, héros des satires universitaires du romancier David Lodge. Il est l’un des plus grands théoriciens littéraires du second XXe siècle, à l’égal de Barthes et Derrida. Pragmatiste roublard, provocateur policé, il n’a cessé en quarante ans d’écriture de susciter la polémique.

Communauté, immunité, biopolitique

De l’impact des biotechnologies sur le corps à l’omniprésence de la sécurité dans les programmes de gouvernement ; des guerres dites préventives à la centralité de la question sanitaire, innombrables sont aujourd’hui les symptômes qui témoignent d’une obsession létale pour l’immunisation. Selon Roberto Esposito, notre monde globalisé s’apparente de plus en plus à une bulle protégée de l’« extérieur » : il est dominé par le paradigme immunitaire. Or la communauté suppose au contraire une instabilité : tous les êtres humains ont en commun une exposition permanente à autrui. Pour stabiliser ce processus sans fond, sans fin, de la vie, les régimes politiques modernes ont mis en place des systèmes d’immunisation dont l’efficacité tend à se retourner contre les populations. Conjurer cette politique mortifère est la principale ambition de ce livre.

Cloning terror

Les attentats du World Trade Center et la brutale réplique qu’ils ont suscitée de la part du gouvernement américain n’ont pas seulement engendré de lourdes pertes humaines, ils ont aussi produit de nouvelles images qui ont durablement marqué les esprits. Pour W.J.T.Mitchell, ce qu’il s’agit de comprendre, c’est l’entrelacement formé par les événements et les images : laisser un instant de côté la signification des images, leur pouvoir ou les idéologies qu’elles véhiculent, examiner la manière dont les images produites durant la « guerre contre le terrorisme » ont fabriqué des réalités et des affects politiques. En un mot, prendre les images au sérieux. Depuis le 11 Septembre, le terrorisme est devenu indissociable du paradigme du clonage, et la reproductibilité infinie des images a donné naissance à la figure du terroriste clone, anonyme, insaisissable, innombrable, capable de semer la terreur partout et à tout moment. La « clonophobie » contemporaine est à la fois nouvelle et ancienne : nouvelle, parce que la peur du terrorisme s’inscrit pleinement dans notre « âge biocybernétique », défini par l’image numérique et les nouveaux médias ; ancienne, parce que la clonophobie est une forme d’iconophobie, vieille peur d’une copie douée d’une âme et d’une vie propre. Cloning Terror, en explorant les différents avatars de cette « image vivante » ressuscitée, s’acquitte magistralement de son principal objectif : poser les bases d’une iconologie du présent.

W.J.T. Mitchell

W.J.T. Mitchell est professeur de littérature et d’histoire de l’art à l’université de Chicago. Auteur de nombreux ouvrages au succès international, il dirige également la célèbre revue américaine Critical Inquiry. Iconologie est son premier livre traduit en français.

Micropolitiques des groupes

Partant du principe qu’« on ne naît pas groupe, on le devient », David Vercauteren examine les conditions de possibilité d’un véritable fonctionnement collectif des collectifs militants. Il se dégage ainsi de la problématique macropolitique qui a dominé jusqu’à présent pour se focaliser sur les aspects micropolitiques de groupes envisagés comme des écosystèmes. La question n’est plus : quelle est la finalité d’un groupe, son objet ou son domaine d’intervention ? mais : quel est son impensé ? comment peut-il développer une « culture des précédents », une mémoire des réussites et des échecs passés, tout en maintenant intacte l’envie d’expérimenter et de produire des formes inédites ? À travers une série de « situations-problèmes », ce livre invite les militants à envisager de nouvelles formes d’organisation politique. Mais avant tout, il s’adresse à tout lecteur soucieux de sortir des habitudes psychologisantes et individualisantes dans lesquelles la raison néolibérale voudrait aujourd’hui nous enfermer.