Sidi Mohammed Barkat,

Le corps d’exception

Les artifices du pouvoir colonial et la destruction de la vie

« Parmi les membres de la nation, il y a ceux qui lui seraient originellement liés et en seraient les membres authentiques – ce sont les garants de son intégrité – et puis les autres, dont le lien est construit et donc artificiel. »

Le Corps d’exception explique comment, à l’époque coloniale, le corps indigène est soustrait à l’État de droit afin d’être soumis à un état d’exception permanent. La construction d’une image – celle d’un corps dénué de raison et réputé dangereux – justifie les violences systémiques et les traitements inégalitaires, jusqu’aux pires exactions commises par la puissance colonisatrice. Ce procédé est au cœur de l’institution de l’indigénat. Sur le plan juridique et politique, le sénatus-consulte rend en effet le droit musulman et les coutumes des colonisés incompatibles avec la moralité républicaine, tandis, que sur le plan culturel, le colonisé est représenté comme indigne de la qualité de citoyen – bien qu’il soit membre de la nation française. Inclus en tant qu’exclu, ce dernier se trouve soumis à un régime légal qui établit au cœur de l’État de droit une suspension du principe d’égalité.
Si cet ouvrage offre une analyse rigoureuse du pouvoir colonial et des impasses juridiques et politiques dans lesquelles est placé le sujet colonisé, sa portée dépasse cependant la période coloniale : l’auteur souligne la perpétuation des représentations discriminantes dans la société française d’aujourd’hui et dénonce l’institutionnalisation de la violence à l’égard des populations issues des anciennes colonies – faisant écho à la charge xénophobe et répressive des lois successives sur l’immigration et aux violences policières perpétrées dans les quartiers populaires.

Couverture © Sylvain Lamy
Préface : Kaoutar Harchi,