Evgeny Morozov est un chercheur indépendant, spécialiste des nouvelles technologies. Il écrit régulièrement dans le Guardian, The Nation ou The New Republic. En France, ses textes sont parus dans Slate, Le Monde, Le Monde diplomatique. L’un de ses ouvrages a été traduit : Pour tout résoudre, cliquez ici (FYP, 2014).
Auteur : Editions Amsterdam
The Wire
Diffusée sur la chaîne HBO entre 2002 et 2008, The Wire (Sur Écoute en français) est l’une des plus fascinantes et des plus originales séries de l’histoire de la télévision. Elle commence comme n’importe quelle série policière : une unité spéciale est créée pour démanteler un réseau de trafiquants de drogue. Mais l’opposition entre policiers et dealers s’efface bientôt, le spectateur s’apercevant que l’intrigue n’est qu’un prétexte pour montrer un espace et une population d’ordinaire invisibles à l’écran. Espaces et personnages s’agencent peu à peu pour produire une image globale de la ville de Baltimore et révéler des rapports d’interdépendance insoupçonnés (sur un mode qui peut rappeler Zola, et surtout Balzac). En outre, fait inédit à la télévision, The Wire s’articule sur un système de personnages à géométrie variable, qui se passe de héros individuel.
Que ce soit sur un plan spatial ou narratif, la série privilégie donc les structures et agencements collectifs au détriment des individus. Elle porte un regard à la fois englobant et singularisé sur la société néolibérale, pose la question de l’action individuelle et collective dans un monde marqué par un dégré extrême de stratification sociale et tente de repolitiser l’espace privatisé, aseptisé et standardisé de la télévision.
Ce livre est le premier ouvrage français consacré à The Wire. Composé d’autant de textes que la série a eu de saisons – cinq, plus un bonus -, il étudie celle-ci dans sa progression, afin de ne pas faire de distinction artificielle entre la « forme » et le « fond », entre son esthétique et ses thématiques sociales. Il fonctionne ainsi sur deux niveaux, à la fois comme une introduction et comme une théorisation plurielle de la série.
Collectif composé de : Emmanuel Burdeau, Grégoire Chamayou, Philippe Mangeot , Mathie Mathieu Potte-Bonnevi
Ouvrage édité en coédition avec Caprici
Breaking Bad
Breaking Bad, Série blanche est le premier ouvrage français consacré à la série télévisée créée en 2008 par Vince Gilligan pour la chaîne américaine AMC. L’histoire est simple : le jour de ses cinquante ans, Walter White, ex-génie devenu professeur de chimie dans un lycée d’Albuquerque, apprend que, atteint d’un cancer du poumon, il n’a plus que quelques mois à vivre. Pour payer son traitement et subvenir aux besoins de sa famille après sa mort, il décide de fabriquer et de vendre, en secret, les meilleures métamphétamines de tout le Nouveau Mexique. Une spirale s’est enclenchée, l’homme ne reviendra jamais en arrière. Cinq saisons plus tard, le débonnaire professeur est devenu un monstre sanguinaire. Breaking Bad est d’abord l’itinéraire d’un survivant transmué en surhomme, le portrait moral et politique d’un homme qui passe, inexorablement, de l’autre côté, une allégorie ironique et cruelle du capitalisme américain dans sa forme la plus sauvage. C’est également un décor peu représenté au cinéma et à la télévision – le Nouveau Mexique et son désert –, un petit nombre de personnages, une intrigue aux ramifications rares, un humour à la fois constant et constamment tenu, un travail sur le temps d’une éblouissante sophistication : de toutes les séries récentes, celle-ci est la plus originale et novatrice d’un point de vue formel. La seule, peut-être, dans laquelle le récit importe moins que la mise en scène. Il ne faut donc pas seulement se demander comment la télévision a pu s’attacher à un personnage malade, si profondément éloigné de la norme familialiste.
Avec les contributions de :
Emmanuel Burdeau, François Cusset, Thomas Hippler, Raphaël Nieuwjaër, Jean-Marie Samocki et Philippe Vasset.
Comédie américaine, années 2000
La comédie américaine suscite aujourd’hui un fort intérêt public et critique, notamment lié à l’ensemble des productions réunies sous le nom de Judd Apatow. Une quinzaine de chapitres de longueur et de registre variés dessinent ici la situation d’un genre désormais omniprésent, au cinéma et à la télévision, sur scène comme dans les vies. Ce sont des fragments et des notes, des légendes et des portraits, des lectures de scènes et parfois de textes. Certains s’attachent à un motif, la honte ou la fortune, la citation ou la métaphore… D’autres proposent des essais de monographie, Ben Stiller, Will Ferrell ou Louis C.K. Traversées d’une culture liée comme nulle autre à l’air du temps ; survols retraçant le chemin d’une inspiration ; aperçus d’Histoire, aussi, où Billy Wilder, Serge Daney et Woody Allen croisent et éclairent Ricky Gervais, Danny McBride et Seth Rogen. Se lève ainsi une série d’hypothèses — critiques, politiques — sur l’actualité et les généalogies de la comédie des années 2000.
Emmanuel Burdeau
Emmanuel Burdeau a été rédacteur en chef des Cahiers du cinéma jusqu’en 2009. Désormais critique cinéma et séries pour Médiapart, il collabore également à plusieurs revues, notamment Vacarme, le Magazine littéraire ou Artpress. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont Comédie, mode d’emploi : entretien avec Judd Apatow et La passion de Tony Soprano chez Capricci.
1915 : Le génocide arménien
Cet essai, qui a connu un grand succès en Turquie, aborde la question de la perception de la « question arménienne » par un journaliste connu pour ses prises de position radicales sur les nombreux sujets problématiques de la période contemporaine : les pouvoirs de l’Armée, la question kurde (à l’intérieur et à l’extérieur de la Turquie) et la mémoire du Génocide… Mais ce journaliste présente un statut particulier de par son appartenance familiale ; il est le petit-fils de l’un des principaux dirigeants turcs des années 1914 à 1918. Ce dernier (Djemal Pacha) fut assassiné en 1921 à Tiflis par un Arménien. Et une partie de l’ouvrage raconte la perception des proches justement, la manière dont le milieu familial a traité la mémoire d’un événement majeur du XXe siècle, exprimant dans ses silences et zones d’ombre l’attitude générale de la période républicaine. Fourmillant de références au débat interne, à la myriade de données qui permet de situer la complexité des réticences et des bloquages d’un pays où a régné une éducation de l’oubli, le livre de Hasan Cemal permet d’engager le procès de l’historiographie avant de faire celui de l’Histoire.
Hasan Cemal
Hasan Cemal, né en 1944 à Istanbul, est journaliste. Après avoir travaillé dans plusieurs grands quotidiens turcs, il démissionne du journal Milliyet en 2013 suite aux pressions exercées par le gouvernement de l’AKP.
Mon occupation préférée
Dès son premier film, Comment j’ai a appris à surmonter ma peur et à aimer Arikr Sharon (1997), Avi Mograbi s’est efforcé de montrer le conflit entre celui qui réalise et le monde qui s’offre ou qui se refuse à sa caméra ; et comment ce même conflit génère une narration impure, mi-documentaire mi-fictionnelle, apte à saisir l’état effectif du moment présent.
Mon occupation préférée, sorti en concomitance avec la rétrospective Avi Mograbi organisée par le Jeu de Paume en 2015, est d’une part l’histoire de ce monde double, fictionnel et documentaire à la fois et, d’autre part, l’histoire d’un homme qui, depuis toujours, s’occupe, avec l’ironie et la pugnacité caractéristiques de son cinéma, à démolir les raisons de l’Occupation.
Entretiens avec Eugenio Renzi
Avi Mograbi
Avi Mograbi est connu en tant que documentariste engagé, du côté de la gauche israélienne, pour la paix et la fin de l‘occupation. Ses films, sélectionnés dans les plus importants festivals internationaux, sont toujours attendus par le public français.
Histoire de la douleur
En tant qu’expérience subjective, la douleur est irréductiblement privée. Mais comme chacun le sait, la douleur se dit et la douleur s’expose. Dès lors, elle devient un phénomène culturel et social, une représentation dont on peut étudier les formes et raconter l’histoire. C’est pourquoi l’histoire racontée dans ce livre s’organise autour des lieux communs (au sens rhétorique du mot) à travers lesquels la douleur s’est successivement construite : la représentation, l’imitation, la sympathie, la confiance, le témoignage, la correspondance, la narrativité, la réitération. Malgré son souci de rigueur et son érudition, l’histoire racontée n’a absolument rien d’aride : Javier Moscoso convoque une riche iconographie à l’appui de son argumentation et puise dans des sources littéraires, personnelles, religieuses, juridiques et médicales pour livrer une réflexion brillante et enlevée sur les transformations de la souffrance en Occident, sur la manière dont cette expérience naguère investie d’une signification religieuse est devenue un symptôme, et à ce titre, la marque d’un mal physique ou psychique à éliminer. À travers l’histoire de la douleur, il ne nous propose rien de moins qu’une réflexion profonde sur la formation de l’individu moderne.
Javier Moscoso
Javier Moscoso est directeur de recherches en histoire et philosophie des sciences à l’Institut d’histoire du CSIC (Conseil supérieur de la recherche scientifique, Madrid). Il est l’auteur de nombreux articles et d’un ouvrage sur L’Encyclopédie. Il a été commissaire d’expositions, en Espagne et dans d’autres pays. La plus récente, SKIN, a attiré plus de cent mille personnes à la Wellcome Collection de Londres
Mathieu Potte-Bonneville
Mathieu Potte-Bonneville est philosophe, maître de conférences à l’ENS de Lyon et responsable du pôle « Idées et savoirs » de l’Institut français. Ancien président du Collège International de Philosophie, il a notamment publié Michel Foucault, l’inquiétude de l’histoire (PUF, 2004).
Game of Thrones
Dragons et incestes, nains et prostituées, mouvements de troupes et montée de l’Hiver : créée en 2011 par la chaîne HBO à partir des romans de G.R.R. Martin, Game of Thrones décrit un univers d’intrigues et d’incertitudes. Épopée littéraire devenue succès télévisuel sans précédent, la série teinte son univers médiéval et fantastique d’une cruauté et d’un pessimisme neufs, pour raconter la lutte de grandes familles à la conquête du Trône de fer. Elle réserve de nombreuses surprises concernant à la fois les rapports entre réalisme et imaginaire, écrit et télévision, ou guerre et politique. Cet ouvrage collectif réunit critiques, historiens, philosophes, écrivains français et étrangers pour resituer Game of Thrones dans l’histoire de l’heroic fantasy, genre réputé mineur à la conquête d’une audience de masse, pour décrire sa matérialité visuelle et sonore, pour interroger, à travers les raisons qui font de cette série un événement, la manière dont elle éclaire l’état contemporain du monde et celui de la fiction.
Avec des textes de : William Blanc, Gabriel Bortzmeyer, Yann Boudier, Guillaume Bourgois, Gilles Grand, Jack Halberstam, Émilie Notéris, Mathieu Potte-Bonneville et Eugenio Renzi.
Le nouvel impérialisme
Dans le sillage des guerres d’Afghanistan et d’Irak, David Harvey propose de réactualiser le concept d’impérialisme, pour décrire la généralisation de l’« accumulation par dépossession », soit la privatisation accélérée des biens communs, des savoirs et des services publics sous la houlette du capitalisme financier. L’impérialisme procède de deux logiques qui s’articulent et s’affrontent, l’une économique, l’autre politique. Quel est le rapport entre les dépenses astronomiques du Pentagone et le déclin économique relatif des États-Unis ? Comment l’Amérique compte-t-elle résister à la montée en puissance de l’Asie ? L’occupation de l’Irak marque-t-elle la dernière étape de ce conflit planétaire ? Pour répondre à ces questions, l’auteur combine de façon originale une triple approche théorique, historique et conjoncturelle. Il explique ainsi comment l’impérialisme reconfigure en permanence les liens entre expansion économique et domination territoriale. Il le situe dans la longue durée et le montre à l’œuvre en ce début du XXIe siècle.
Paris, capitale de la modernité
Comment, au milieu du XIXe siècle, Paris a-t-elle pu devenir l’incarnation urbaine de la modernité ? Pour répondre à cette question, David Harvey a exploré les mutations connues par la ville à cette époque : transformation physique, avec les grands projets d’Haussmann, qui remplace le plan médiéval par les grands boulevards ; transformation économique, avec une nouvelle forme de capitalisme dominée par les puissances financières et industrielles ; transformation culturelle, avec l’irruption de ce qu’on appellera plus tard le modernisme ; transformation sociale, avec l’émergence de violents antagonismes de classes qui atteignent leur paroxysme dans les révolutions de 1848 et de 1871. En présentant la ville moderne comme le produit instable de forces hétérogènes et contradictoires, David Harvey nous offre une image vivante du fonctionnement de Paris ainsi qu’une vision panoramique de la période décisive que fut le Second Empire. Mais cette analyse de la ville moderne est aussi l’occasion d’une réflexion magistrale sur la ville contemporaine – sur la part de la population dans l’urbanisation, sur son accès aux ressources, en somme sur le « droit à la ville ».
La révolution moléculaire
En septembre 1977 sort, aux Éditions Recherches, une première Révolution moléculaire. Suivie, en avril 1980, d’une autre Révolution moléculaire, en version poche, chez 10/18. Un seul titre pour deux livres fort différents l’un de l’autre : recueils d’articles écrits par Félix Guattari entre 1972 et 1980, ces deux versions ne livrent pas les mêmes textes, et, lorsqu’elles le font, elles les modifient tant qu’ils en deviennent presque méconnaissables.
Si cette Révolution moléculaire version 2012 se donne comme ambition de rendre à nouveau disponible l’ensemble des textes qui furent publiés chez ses deux aînées, si elle a le même titre, elle ne constitue pas pour autant une réédition. Car, en les agençant, elle se donne, nécessairement, comme autre et singulière. Comme si, rétive à une seule et unique version, toute révolution moléculaire ne pouvait se donner qu’au pluriel : des révolutions moléculaires, des pratiques plutôt qu’une théorie ; une façon de faire de la politique qui, ainsi que nous le rappelle Félix Guattari, « aura quelque chose à voir avec une perspective révolutionnaire s’il est vrai que les bouleversements sociaux, à l’avenir, deviendront absolument inséparables d’une multitude de révolutions moléculaires au niveau de l’économie du désir. »