Cultures pornographiques

« Quand on en a vu un, on les a tous vus. »
C’est contre cette affirmation que se développent les porn studies, sur les cendres encore chaudes des sex wars qui opposent mouvements anti-pornographie et mouvements anti-censure dans les années 1980 en Grande-Bretagne et aux États-Unis.
De la carte postale à la webcam en passant par le film hard, les porn studies font du porno un objet d’étude légitime et décortiquent avec finesse ses codes, conventions et stéréotypes. Elles révèlent son histoire passionnante, à la croisée des innovations technologiques, des transformations du capitalisme et des mobilisations féministes. S’intéressant à la fois à la production et à la réception des images, elles prennent le public du porno au sérieux, dans toute sa pluralité et avec toutes les compétences d’analyse qu’on lui refuse souvent.
Cette anthologie présente pour la première fois en français les textes fondateurs des porn studies, qu’elle associe à des explorations contemporaines des mondes de la pornographie en ligne. Sans mépris ni mise à distance, mais sans discours enchanté non plus, elle renouvelle les perspectives féministes sur la culture populaire.

Avec des textes de Laura Kipnis, Richard Dyer, Susanna Paasonen, Linda Williams, Kobena Mercer, Heather Butler, Lisa Sigel, Sharif Mowlabocus, Clarissa Smith, Martin Barker et Feona Attwood.

Vittorio Morfino

Vittorio Morfino est chercheur en histoire de la philosophie à l’université de Milan. Sa thèse, soutenue en 1998 sous la direction de Jean-Marie Vincent, portait sur la rencontre Spinoza-Machiavel. Il a depuis publié un certain nombre d’ouvrages, dont trois en français : Le Temps de la multitude (Editions Amsterdam, 2009), Le Temps et l’occasion (Classiques Garnier, 2012),  La Guerre et la Violence (Le temps des cerises, 2014).

Le Temps de la multitude

La notion d’immanence telle qu’elle a été développée par Spinoza, en tant que négation radicale de l’origine, peut à bon droit être considérée comme l’un des concepts pivots de la modernité. Vittorio Morfino tente dans cet ouvrage de retracer les contours d’une généalogie de la notion d’immanence chez Spinoza, ainsi que sa postérité, c’est-à-dire les interprétations, les déplacements – et les neutralisations – dont cette notion a fait l’objet dans l’histoire de la philosophie.

S’appuyant sur Aristote, Lucrèce, Augustin, Machiavel, Descartes, Leibniz, Hegel, Engels, Darwin, Husserl, Heidegger ou encore Simondon, et se fondant tout particulièrement sur la nouvelle lecture de Spinoza qu’autorise le concept de « matérialisme aléatoire » théorisé par Louis Althusser, Vittorio Morfino interroge les conséquences systémiques qu’eut l’« invention de l’immanence » sur l’épistémologie, l’éthique, la métaphysique et la politique, et, ce faisant, met au jour la manière dont les définitions de la causalité, de la temporalité, du rapport, de la forme ou encore de la contingence sont devenues l’enjeu d’un affrontement philosophique majeur entre deux conceptions de l’immanence : celle de Spinoza et celle déployée dans une certaine tradition allemande qui court de Leibniz à Husserl, puis de Hegel à Heidegger.

L’Empire de l’université

En publiant Sur la télévision en 1996, Pierre Bourdieu provoqua une violente polémique. Sans doute parce qu’il contestait au « journalisme » le droit d’évaluer la production intellectuelle. Cette controverse a contribué à façonner le paysage culturel dans lequel nous vivons. En réalité, cette prise de position était l’aboutissement d’un processus commencé vingt ans plus tôt : des auteurs comme Foucault, Deleuze ou Derrida, qui s’étaient tous appuyés sur le dehors de l’Université (et notamment sur les journaux) pour imposer leurs travaux contre le conformisme académique, en vinrent eux aussi à s’inquiéter des nouvelles conditions de circulation du savoir. Geoffroy de Lagasnerie montre comment s’est installée l’idée, aujourd’hui partout ressassée, que défendre la pensée impliquerait de défendre l’Université et son « autonomie ». Et, s’appuyant sur d’autres analyses de Bourdieu, il plaide au contraire pour qu’on retrouve le lien consubstantiel qui unit la pensée critique à la multiplicité des paroles « hérétiques ».

Bartleby

Après avoir décrit son cabinet d’homme de loi, lieu sinistre cerné par les grands murs sombres des immeubles avoisinants de Wall Street, et ses clercs, qui évoquent irrésistiblement les personnages les plus comiques de Dickens, le narrateur de cette Histoire de Wall Street rapporte comment Bartleby, qu’il avait recruté comme copiste, refusa obstinément de répondre à tous les ordres et à toutes les demandes, sollicitations et supplications qui lui étaient adressés, leur opposant une même formule : « J’aimerais mieux pas » (I would prefer not to), et entraînant par là le dérèglement de tout son univers.

Les portraits cocasses et mordants dressés par Melville et l’évocation émouvante d’une figure christique aux prises avec le pharisaïsme de ses contemporains laissent ouverte la question du sens de ce récit : si la formule de Bartleby perturbe le narrateur et son petit monde, elle vient aussi troubler les interprétations du texte que le lecteur pourrait se risquer à avancer. C’est sans doute l’une des raisons de la fascination que n’a pas cessé d’exercer Bartleby sur ses lecteurs.

Éric Fassin

Éric Fassin est sociologue et américaniste (École normale supérieure). Il est l’auteur, avec Daniel Borrillo et Marcela Iacub, d’Au-delà du pacs (PUF, Paris, 1999) et, avec Clarisse Fabre, de Liberté, égalité, sexualités. Actualité politique des questions sexuelles (Paris, 10/18, 2004).

Humain, inhumain

Humain, inhumain regroupe cinq entretiens, accordés par Judith Butler entre 1994 et 2004, qui marquent autant d’étapes de son travail, des premiers écrits sur le genre aux interventions récentes sur la « guerre contre le terrorisme » en passant par Ces corps qui comptent, et qui constituent l’occasion d’un effort de clarification, d’un regard rétrospectif visant à dégager les continuités et les évolutions du travail en cours, tout en apportant des éléments de réponse aux débats et aux objections soulevés par les thèses de l’auteure. À travers eux apparaît la préoccupation centrale et constante de la philosophe américaine, de Trouble dans le genre à Vie précaire : la façon dont les normes qui nous constituent et les identités qui nous définissent contribuent à établir la frontière qui sépare l’humain de l’inhumain.

Neil Lazarus

Neil Lazarus est professeur de littérature anglaise et de littérature comparée à l’université de Warwick. Il est l’auteur de Resistance in Postcolonial African Fiction (1990) et de Nationalism and Cultural Practice in the Postcolonial World (1999).

Penser le postcolonial

À l’heure où se développent des débats sur le passé/présent colonial de la France, voici la première introduction générale au très riche champ des postcolonial studies à être publiée en français, ouvrage de référence rédigé dans une perspective critique par certains des meilleurs spécialistes anglophones de la question. Trente années de recherches et de discussions sont ainsi rendues accessibles au public francophone au moment où ce domaine d’investigation transdisciplinaire arrive à maturité et opère un retour critique sur sa propre histoire. Les lecteurs trouveront dans ce volume un exposé des concepts clés, des méthodes, des sources intellectuelles, des théories et des débats qui se sont développés au sein des études postcoloniales. Les différents contributeurs dePenser le postcolonial explorent à la fois les grandes expériences historiques qui constituent le passé et le présent de la « condition postcoloniale » (l’impérialisme, l’anticolonialisme, la décolonisation, la globalisation) et les conditions historiques, sociologiques et idéologiques de l’émergence des études postcoloniales, ainsi que leurs implications théoriques et politiques.

Organes sans corps

En engageant la pensée deleuzienne en territoire philosophique « ennemi », en la confrontant à celles de Lacan et de Hegel, Slavoj Žižek s’efforce de penser Deleuze – et de penser avec lui – hors des sentiers battus. S’appuyant comme à son habitude sur l’analyse d’objets culturels en apparence hétérogènes, de Hitchcock à Fightclub en passant par la théorie psychanalytique, Žižek détourne la pensée deleuzienne et expose une ligne de divergence qui traverse la pensée critique contemporaine : peut-on ne pas être spinoziste aujourd’hui ?

Ce faisant, il propose à ses lecteurs une manière inédite d’appréhender les termes du débat contemporain sur la mondialisation, la (dé-)démocratisation et la « guerre contre le terrorisme ». Il définit par là ce qui constituerait, selon lui, un acte véritablement politique en ces temps obscurs.

James C. Scott

James C. Scott est professeur de science politique et d’anthropologie à Yale University. Il est notamment l’auteur de The Moral Economy of the Peasant : Subsistance and Rebellion in Southeast Asia ; Weapons of the Weak : Everyday Forms of Peasant Resistance ; et de Seeing Like a State : How Certain Schemes to Improve the Human Condition Have Failed.

Christelle Taraud

Christelle Taraud est historienne, elle enseigne dans les programmes parisiens de Columbia University of New York et de l’Institute for The International Education of Students (IES), et elle est chercheuse associée au GTMS (Genèse et transformation des mondes sociaux). Elle est l’auteure de La Prostitution coloniale. Algérie, Tunisie, Maroc, 1830-1962 (Payot, 2003) et de Femmes orientales dans la photographie coloniale, 1860-1910 (Albin Michel, 2003). Elle a été présidente de l’association Marie Pas Claire et fait partie du conseil d’administration de l’association Archives du féminisme.

Les Féminismes en questions

Ce recueil vise à examiner, au travers d’entretiens, les conflits et les contradictions qui traversent le féminisme – d’où le pluriel du titre : il s’agit non pas de penser ce qui fait son unité, mais plutôt de tracer les grandes lignes d’une cartographie des tensions qui le constituent. Les questions qui ont interpellé et divisé récemment les féministes et l’opinion se trouvent donc au cœur de ce livre : le foulard islamique, le harcèlement, la parité, la procréation médicalement assistée, la prostitution, les violences sexuelles et domestiques… Les Féminismes en questions voudrait ainsi montrer, pour s’en réjouir, que les débats parfois emportés qui opposent les différentes sensibilités de la mouvance féministe, ainsi que l’éclatement relatif de celle-ci, indiquent qu’avec le féminisme nous sommes en ce lieu éminemment conflictuel de l’espace social où sont mises en question les identités de genre et les sexualités.

Entretiens avec Christine Bard, Marie-Hélène Bourcier, Christine Delphy, Éric Fassin, Françoise Gaspard, Nacira Guénif-Souilamas et Marcela Iacub.

Vie précaire

Dans le monde de l’après-11 septembre et de la « guerre contre le terrorisme », qui bénéficie du statut d’être humain ? Quelles vies sont jugées dignes d’être vécues, quelles morts d’être pleurées ? Comment éviter que le deuil et la douleur n’aboutissent à l’intensification du cycle de la violence et de la contre-violence ? Comment préserver une sphère publique où le déploiement de la pensée critique reste possible ? Ce sont ces questions qu’explore ce livre au travers de l’analyse de la censure et de l’anti-intellectualisme aux États-Unis, de la condition des prisonniers de Guantanamo et de l’accusation d’antisémitisme récurrente dans les débats sur le conflit israélo-palestinien. Selon Judith Butler, la réaffirmation violente de la souveraineté impériale des États-Unis repose sur la dénégation des limites de cette souveraineté et constitue une forme de compensation désastreuse à la vulnérabilité et à l’interdépendance qui caractérisent fondamentalement le monde actuel. Pour mettre un terme à cette logique destructrice, il est nécessaire de prendre acte de celles-ci, mais aussi de faire en sorte que le travail de deuil dans lequel la société américaine est engagée inclue certains morts dans l’espace public – précisément ceux qui aujourd’hui ne comptent pas.