Stanley Fish

Stanley Fish n’est pas seulement le modèle du célèbre Morris Zapp, héros des satires universitaires du romancier David Lodge. Il est l’un des plus grands théoriciens littéraires du second XXe siècle, à l’égal de Barthes et Derrida. Pragmatiste roublard, provocateur policé, il n’a cessé en quarante ans d’écriture de susciter la polémique.

Communauté, immunité, biopolitique

De l’impact des biotechnologies sur le corps à l’omniprésence de la sécurité dans les programmes de gouvernement ; des guerres dites préventives à la centralité de la question sanitaire, innombrables sont aujourd’hui les symptômes qui témoignent d’une obsession létale pour l’immunisation. Selon Roberto Esposito, notre monde globalisé s’apparente de plus en plus à une bulle protégée de l’« extérieur » : il est dominé par le paradigme immunitaire. Or la communauté suppose au contraire une instabilité : tous les êtres humains ont en commun une exposition permanente à autrui. Pour stabiliser ce processus sans fond, sans fin, de la vie, les régimes politiques modernes ont mis en place des systèmes d’immunisation dont l’efficacité tend à se retourner contre les populations. Conjurer cette politique mortifère est la principale ambition de ce livre.

Cloning terror

Les attentats du World Trade Center et la brutale réplique qu’ils ont suscitée de la part du gouvernement américain n’ont pas seulement engendré de lourdes pertes humaines, ils ont aussi produit de nouvelles images qui ont durablement marqué les esprits. Pour W.J.T.Mitchell, ce qu’il s’agit de comprendre, c’est l’entrelacement formé par les événements et les images : laisser un instant de côté la signification des images, leur pouvoir ou les idéologies qu’elles véhiculent, examiner la manière dont les images produites durant la « guerre contre le terrorisme » ont fabriqué des réalités et des affects politiques. En un mot, prendre les images au sérieux. Depuis le 11 Septembre, le terrorisme est devenu indissociable du paradigme du clonage, et la reproductibilité infinie des images a donné naissance à la figure du terroriste clone, anonyme, insaisissable, innombrable, capable de semer la terreur partout et à tout moment. La « clonophobie » contemporaine est à la fois nouvelle et ancienne : nouvelle, parce que la peur du terrorisme s’inscrit pleinement dans notre « âge biocybernétique », défini par l’image numérique et les nouveaux médias ; ancienne, parce que la clonophobie est une forme d’iconophobie, vieille peur d’une copie douée d’une âme et d’une vie propre. Cloning Terror, en explorant les différents avatars de cette « image vivante » ressuscitée, s’acquitte magistralement de son principal objectif : poser les bases d’une iconologie du présent.

Micropolitiques des groupes

Partant du principe qu’« on ne naît pas groupe, on le devient », David Vercauteren examine les conditions de possibilité d’un véritable fonctionnement collectif des collectifs militants. Il se dégage ainsi de la problématique macropolitique qui a dominé jusqu’à présent pour se focaliser sur les aspects micropolitiques de groupes envisagés comme des écosystèmes. La question n’est plus : quelle est la finalité d’un groupe, son objet ou son domaine d’intervention ? mais : quel est son impensé ? comment peut-il développer une « culture des précédents », une mémoire des réussites et des échecs passés, tout en maintenant intacte l’envie d’expérimenter et de produire des formes inédites ? À travers une série de « situations-problèmes », ce livre invite les militants à envisager de nouvelles formes d’organisation politique. Mais avant tout, il s’adresse à tout lecteur soucieux de sortir des habitudes psychologisantes et individualisantes dans lesquelles la raison néolibérale voudrait aujourd’hui nous enfermer.

Sept images d’amour

L’amour est un rêve communément désiré, une énergie aussi. Dans un temps de troublante fragilité du lien social, quand le monde vit entre l’individualisation et l’inquiétude, l’amour se trouve bouleversé, voire malmené. Hommes et femmes s’interrogent et se construisent sans repères, ayant déserté les utopies et rejoint sans plaisisr un monde fragmentaire en déliaison. Pourtant l’amour se loge parmi tous les interstices du social ; il invente et détient le pouvoir de faire vivre entre soi et ensemble. Sil s’accomplit, il ajoute au monde, s’il s’absente, il organise d’infinies séparations. Pour Sept images d’amour, six personnalités aux écritures et aux approches spécifiques ont choisi une image emblématique de ce qui leur semblait être demande d’amour. Unies par des engagements intellectuels ou artistiques dans la cité, elles entrent dans les multiples formes de bonheurs et d’espoirs tentées en amour, ainsi que dans les chemins du manque ou de la perte. Entre l’amour et la vie du monde, le lien est fort et essentiel. C’est ce que ce livre tente d’exprimer.

Avec les textes de :

Philippe Artières est historien (CNRS-EHESS), ancien rapporteur du Conseil national du sida.
Arlette Farge est historienne, directrice de recherche au CNRS. Elle est spécialiste de l’histoire des sensibilités populaires, à Paris au XVIIIe siècle.
Jean-François Laé est sociologue à l’université Paris VII Saint-Denis. Il travaille sur les archives et les écritures populaires.
Rose-Marie Lagrave est sociologue, directrice d’études à l’EHESS. Elle travaille notamment sur la construction des genres et des sexualités.
Philippe Mangeot a été responsable d’Act-Up Paris. Il est membre du comité de rédaction de la revue Vacarme.
Gérard Mordillat est écrivain et cinéaste. Il est notamment l’auteur de Les Vivants et les Morts, et, avec Jérôme Prieur, des séries documentaires Corpus Christi et L’Origine du christianisme.

Amorces

Le temps des grands récits, progressistes ou révolutionnaires, est paraît-il fini. Tant pis, tant mieux : nous préférions les histoires brèves, contes, nouvelles ou apologues, qui laissent l’intime et le politique s’entrecroiser, en donnant sa part au silence. Amorces réunit des textes qui tentent l’exercice : pour résister au nouveau gouvernement des âmes et des corps, pour repousser le sentiment qu’il n’y a plus rien à inventer, ils tracent des figures libres qui prennent l’actualité de côté, ouvrent en elle la possibilité un peu oblique d’une fiction, arrachent la rêverie à l’espace privé pour lui donner, un instant, une portée collective. Gilles Deleuze nommait « flagrant délit de légender » cet usage de l’imaginaire, clandestin et minoritaire. Il le définissait ainsi : « Extraire du mythe un vécu actuel, qui désigne en même temps l’impossibilité de vivre. » Ceci est un livre d’images.

Des images et des bombes

Écrit par un collectif d’activistes et universitaires après l’entrée en guerre des États-Unis en Irak, ce livre propose un puissant décryptage de la conjoncture politique actuelle envisagée à travers le prisme des catégories de « capital » et de « spectacle ». Une nouvelle phase d’accumulation primitive se combine en effet, depuis le 11 Septembre, à un contrôle des apparences par les appareils d’État. Depuis que le « consensus de Washington » a volé en éclats, le néolibéralisme est passé en mode militaire et les grandes puissances ont pris l’habitude de contenir les passions démocratiques par le biais d’une politique spectaculaire renouvelée. L’ambition de ce livre est de dessiner des repères pour les luttes à venir. Une critique non réactionnaire, non nostalgique, non apocalyptique de la modernité, et un scepticisme radical envers tout avant-gardisme : telles sont les tâches théoriques et politiques présentes face à la désorientation stratégique d’États qui produisent des citoyennetés faibles tout en dépendant plus que jamais d’une opinion surmobilisé.

Retort est un collectif d’opposants au capitalisme et d’universitaires issus des sciences humaines, basé depuis deux décennies dans la baie de San Francisco. Des Images et des Bombes est leur premier livre.

Wal-Mart

Wal-Mart est la plus grande entreprise mondiale, le plus grand employeur privé du monde, le huitième acheteur de produits chinois (devant la Russie et le Royaume-Uni) ; son chiffre d’affaires est supérieur au PIB de la Suisse… Mais derrière tous ces superlatifs se cache l’histoire très singulière d’une société de l’Arkansas qui, en l’espace de quarante ans, a révolutionné les vieux modèles fordistes d’organisation du travail et bouleversé toute l’économie américaine. Alors que la marge de manœuvre des gouvernements demeure restreinte, Wal-Mart semble avoir aujourd’hui plus d’influence que n’importe quelle institution, non seulement sur des pans entiers de la politique sociale et industrielle américaine, mais aussi sur le modèle de vie et de consommation mondialisé, bigot et familialiste.

Walter Benjamin, sentinelle messianique

Écrit peu après la chute du Mur et initialement paru à l’automne 1990, cet ouvrage marque un point d’inflexion majeur dans le parcours tant théorique que politique de Daniel Bensaïd. Jusque-là absente du corpus du philosophe et dirigeant de la LCR, la pensée de Walter Benjamin s’est alors imposée à lui. Elle lui a fourni les points d’appui nécessaires à la réélaboration d’une pensée révolutionnaire et stratégique en période de défaite, au moment où le néolibéralisme hurlait au monde sa propre nécessité et annonçait imprudemment la fin de l’histoire. Il fallait rompre, alors, avec la vulgate positiviste marxiste, qui ne voyait dans l’histoire que la mécanique inexorable du Progrès. Cette conception théologique avait déjà fait bien des dégâts ( très tôt perçus, en plein cauchemar des années 1930, par Benjamin); elle avait été en partie responsable de l’apathie des classes subalternes et de la bureaucratisation « communiste ». Elle était, au début des années 1990, parfaitement homogène au triomphe autoproclamé des « démocraties occidentales ». Il fallait donc, avec Benjamin, revendiquer à nouveau la charge explosive du messianisme juif, s’ouvrir à la théologie et à l’événement, et se tourner vers les vaincus de l’histoire pour les réintégrer aux forces de la révolution à venir. Aujourd’hui, autant sinon plus qu’il y a vingt ans, ce livre de Daniel Bensaïd, en réhabilitant un Walter Benjamin politique (plutôt qu’esthète ou critique comme on le présentait alors), nous encourage à guetter le moment où la bifurcation révolutionnaire devient possible, à devenir, à notre tour, des sentinelles messianiques.

Voir le capital

Explorant les représentations cartographiques de l’économie capitaliste depuis le XVIIIe siècle, la flânerie urbaine chez Benjamin, ou encore la déliquescence des images utopiques de la ville, les essais qui composent ce livre esquissent une histoire culturelle de la modernité tout en posant les fondements d’une anthropologie philosophique de l’image. De l’Art Nouveau au métro moscovite, du schéma managérial capitaliste au plan économique soviétique, l’analyse des imaginaires de la production et de la consommation dévoilent la réciprocité des utopies de l’Est et de l’Ouest. Sauver l’élan utopique qui les animait, ou bien encore briser l’anesthésie sensorielle qui fit le terreau du nazisme sont quelques-unes des tâches que notre époque hérite de la modernité. Dans ce cadre, l’image n’est pas une forme idéale et neutre, mais un vecteur politique, une prise sur l’histoire par laquelle peuvent se réactualiser les expériences passées et s’exprimer un désir qui animait déjà la pensée de Benjamin : celui de voir le capital.