L’Hypothèse autonome

Des émeutes aux ZAD, le siècle qui s’ouvre est marqué par la percée d’une sensibilité politique où se mêlent organisation horizontale, méfiance vis-à-vis des mécanismes de domination internes aux mouvements sociaux, occupation et mise en réseau d’espaces alternatifs, recherche d’une certaine clandestinité ou encore approche amorale et pragmatique de la violence déprédative. Pour comprendre ces pratiques, il faut sortir à la fois des discours policiers sur la radicalité d’une « ultra-gauche » fantasmée et de ceux que tiennent par les dits radicaux sur eux-mêmes (les autonomes). Alors on peut envisager l’autonomie non pas comme un mouvement ou une idéologie, mais comme une hypothèse stratégique. Celle-ci peut se formuler ainsi : dès lors que le système productif et sa discipline se sont disséminés dans toutes les facettes de la vie, il ne s’agit plus de se réapproprier la production, mais de s’en libérer, ce qui implique de rechercher une transformation immédiate de la vie quotidienne.

Cet ouvrage retrace le cheminement de l’hypothèse autonome au gré des expériences historiques où elle fut formulée et actualisée, de l’Italie des années 1970 à la France des années 2010. Il montre comment la modernisation de la gouvernance à l’œuvre depuis le dernier quart du XXe siècle a plusieurs fois conduit à sa mise en échec. Et en tire cette conclusion : dès lors que les capacités matérielles de détruire comme de s’approprier semblent faire défaut, l’autonomie constitue peut-être une hypothèse à dépasser.

couverture (c) Sylvain Lamy