Qu’est-ce que les Lumières radicales ?

Qu’il soit aujourd’hui accepté dans ses significations les plus subversives ou que l’on débatte de son contenu réel, le concept de « Lumières radicales » s’est imposé dans les études historiographiques sur le XVIIe et le XVIIIe siècles : au maximum, comme un concept opératoire déjà mis en œuvre avec succès ou, minimalement, comme un objet d’interrogation et de discussion entre chercheurs. Tout le monde s’accorde sur l’existence d’une « radicalité » au cœur des Lumières. C’est sur le sens, le statut et l’histoire de cette « radicalité » plus ou moins clandestine que s’interrogent les différentes études qui composent cet ouvrage, ainsi que sur la continuité ou les ruptures caractéristiques de l’émergence des pensées et des mouvements contestataires depuis le milieu du XVIIe siècle. Existe-t-il un seul et même mouvement unitaire de la libre pensée au début de l’ère moderne ? Quelle place attribuer au libertinage érudit vis-à-vis de ce qui deviendra les Lumières « radicales » ? Le panthéisme, qui apparaît comme une position majeure du combat des Lumières radicales, enveloppe-t-il un athéisme lui-même radical ou n’exprime-t-il que le fond inavoué voire la vérité même de toute religion ? À la lumière des différentes études qui composent cet ouvrage, c’est la multitude des « radicalités » (dans les contenus, les méthodes, les principes, etc.) qui s’impose.

Études de Margaret Jacob, Jonathan Israel, Jean-Pierre Cavaillé, Gianni Paganini, Antony McKenna, Pim den Boer, Edoardo Tortarolo, Wiep Van Bunge, Olivier Bloch, Fabienne Brugère, Maria Susana Seguin, Miguel Benitez, Anne Thomson, Winfried Schröder, Gianluca Mori, Pierre-François Moreau, Yves Citton, Tristan Dagron, Manfred Walther, Catherine Secretan, Theo Verbeek, Laurent Bove, Catherine Volpilhac-Auger.

Le capitalisme cognitif

Notre époque n’est assurément pas celle d’une transition vers le socialisme. L’ironie de l’histoire est que, si transition il y a, comme nous le pensons, il s’agit d’une transition vers un nouveau type de capitalisme. De ce point de vue, le socialisme et la gauche semblent en retard d’une révolution. La « mondialisation » actuelle correspond en effet à l’émergence, depuis 1975, d’un troisième type de capitalisme. Celui-ci n’a plus grand chose à voir avec le capitalisme industriel qui, à sa naissance (1750-1820), rompit avec le capitalisme mercantiliste et esclavagiste. L’objectif de ce premier volume de la collection Multitudes/Idées est de décrire et d’expliquer de façon claire et accessible les caractéristiques de ce troisième âge du capitalisme.

Pour analyser la Nouvelle Grande Transformation à laquelle nous assistons, nous nous proposons d’exposer le contenu d’un programme de recherche que résume l’expression de « capitalisme cognitif ». Bien que cette notion constitue une hypothèse de travail, elle fournit selon nous d’ores et déjà quelques idées directrices fondamentales, mais aussi des points de repères indispensables pour l’action. L’économie politique qui naquit avec Adam Smith ne nous permet plus d’appréhender la réalité qui se construit sous nos yeux (ce que sont la valeur, la richesse, la complexité du système de l’économie-monde) – ni a fortiori de traiter les défis qui attendent l’humanité, qu’ils soient écologiques ou sociétaux. Cet essai entend ainsi nous mettre sur le chemin d’une politique et d’une morale provisoires à la hauteur de cette Nouvelle Grande Transfomation.

Cette réédition révisée et augmentée de quelques-uns des débats qui ont suivi la sortie de ce livre, notamment au sein du groupe des économistes du Forum Action Modernités à l’Échangeur. Contributions de François Fourquet, Michel Henoschsberg, Antoine Rébiscoul et Philippe Lemoine, Philippe Aigrain et Olivier Assouly.