Silvia Maglioni

Silvia Maglioni et Graeme Thomson sont cinéastes et artistes interdisciplinaires. Leur travail intègre la réalisation de films, d’expositions, d’eventworks, d’émissions radio expérimentales et de publications. Après Facs of Life (2009), ils préparent actuellement leur deuxième long-métrage, Girl from the Nouvelle Vague, ainsi qu’une série de projets artistiques autour de l’Univers Infra-quark.

Un amour d’UIQ

« On se demande toujours s’il n’existerait pas de la vie ou de l’intelligence sur d’autres planètes, quelque part dans les étoiles… mais on ne se pose jamais de questions sur l’infiniment petit… peut-être que ça peut venir de ce côté-là, d’un univers encore plus petit que les atomes, les électrons, les quarks… »

S’il a très peu écrit sur le cinéma, Félix Guattari était cinéphile et s’intéressait aux enjeux politiques du cinéma populaire en tant que machine de subjectivation. Si bien qu’il désire passer à l’action, derrière la caméra, en s’essayant à la réalisation d’un film de science-fiction.

Guattari travaillera sur le scénario d’Un amour d’UIQ, initialement avec le cinéaste américain Robert Kramer, de 1980 à 1987 ; mais le film ne sera jamais tourné… Influencé à la fois par son travail clinique, son engagement dans la politique radicale, sa passion pour les bandes dessinées, les radios libres et les films de science-fiction, Un amour d’UIQ offre un prototype d’un cinéma populaire subversif. Un cinéma qui brouille les codes sémiotiques usagés, en construisant un champ d’affects impersonnels et trans-personnels, ainsi que des devenirs mineurs.

À travers le scénario de Guattari, et un important travail d’archive et critique, S. Maglioni, G. Thomson et I. Mangou donnent à voir le processus de création et tout le hors-champ des possibles de ce film qui n’a jamais vu le jour et interrogent la place de cette pièce, à la manière d’un puzzle, dans l’œuvre de Félix Guattari.

Politique des gouvernés

Dans la majeure partie du monde, la politique n’a pas le visage que nous lui connaissons en « Occident ». Dans les anciens pays colonisés, la « société civile » ne concerne qu’une petite partie de la population, celle que sa position sociale, son éducation et ses valeurs rendent capable et désireuse de participer au jeu démocratique tel qu’il a été défini par la « modernité » politique. Le reste de la population, son écrasante majorité, continue d’être d’abord pour l’État une population à administrer, à gérer, même lorsqu’elle bénéficie du droit de vote.

Mais, à travers l’exemple de l’Inde, Partha Chatterjee montre que s’élaborent, au sein de cette population, et en réaction à la gestion gouvernementale, des formes politiques nouvelles, une « société politique » qui défie les catégories politiques traditionnelles.

Pour la comprendre, pour ne pas la réduire à une « prépolitique », il nous faut reconnaître que nous sommes dans un temps hétérogène, fruit de la rencontre et de la composition des catégories de la modernité politique et, entre autres, de celles de la tradition ou de la religion. Dès lors, s’ouvre l’observation passionnante des luttes politiques qui se développent, souvent à la frontière de la légalité, pour faire reconnaître le droit des gouvernés à redéfinir les politiques qui les visent.

L’exigence d’avoir à inventer les formes, forcément précaires et changeantes, d’une politique des gouvernés pourrait ne pas concerner que les populations anciennement colonisées, tant il est vrai que, depuis le 11 septembre au moins, comme l’analyse Partha Chatterjee, c’est l’ensemble des peuples du monde qui subit la gestion des États-Unis et leur vocation de nouvel empire mondial.

Fabrice Flipo

Fabrice Flipo est philosophe, maître de conférences à Telecom & Management SudParis (Institut Mines-Télécom) et chercheur au Centre de Sociologie des Pratiques et des Représentations Politiques (Paris 7-Diderot). Il a notamment publié Justice, nature et liberté (Parangon, 2007), La Décroissance (avec Denis Bayon et François Schneider, La Découverte, 2010) et La Face cachée du numérique (avec Michèle Dobré et Marion Michot, L’Échappée, 2013).

Émilie Hache

Émilie Hache est maître de conférences à l’Université Paris Ouest Nanterre au département de philosophie et membre du laboratoire Sophiapol. Ses recherches portent sur les questions écologiques et sur la philosophie pragmatique. Elle est notamment l’auteure de Ce à quoi nous tenons. Propositions pour une écologie pragmatique (La Découverte, 2011).

Ecologie politique

Quel est l’objet de l’écologie ? Les tigres du Bengale menacés de disparition ou bien les populations habitant près d’usines chimiques polluantes ? Qui compte et qui est oublié, en faisant de la « nature » l’objet privilégié de l’écologie ?

De Bruno Latour à Donna Haraway, en passant par William Cronon, Mike Davis ou Jennifer Wolch, le présent recueil nous donne à voir, à travers des textes pour la plupart inédits en français, les questionnements fondamentaux de l’écologie politique comme sa très grande diversité. En proposant aussi bien des textes de référence que des interventions mettant en évidence les débats actuels, Émilie Hache dresse une première cartographie des points nodaux de l’écologie politique. On navigue ainsi de la maltraitance des animaux domestiques à l’élaboration d’une politique des espèces compagnes, du point de vue occidental sur les « parcs naturels » à celui des communautés qui les habitent, de « l’évidence » de la séparation entre nature et humanité à la perception de leur intrication fondamentale.

La crise écologique que nous traversons nous oblige plus que jamais à penser ensemble les enjeux théoriques et politiques de l’écologie, afin d’espérer y répondre de manière non barbare.

Avec des textes de : Murray Bookchin, William Cronon, Mike Davis, William Denevan, Vinciane Despret, Giovanna Di Chiro, Ramachandra Guha, Donna Haraway, Atsushi Ishii & Ayakubo Okubo, Bruno Latour, Lynn Margulis, Joan Martinez-Alier, Jennifer Wolch.

Le Siècle des chefs

Les foules se déclarant « sans leader » qui émergent aujourd’hui en de nombreux points du monde sont en rupture complète avec l’idée qui a dominé le XXe siècle, selon laquelle « les hommes en foule ne sauraient se passer de maître » (Gustave Le Bon, 1895).

Pourquoi « le besoin de chef » a-t-il pris une telle ampleur à partir de la fin du xixe siècle ? Comment la préoccupation pour le commandement a-t-elle circulé d’un domaine à l’autre, de la guerre à la politique et de la politique à l’industrie ? Comment les formes et le langage du commandement sont-ils devenus transnationaux ? Quel rôle ont joué les sciences sociales, en particulier la psychologie et la sociologie, dans l’affirmation du chef ? C’est à ce type de questions que s’intéresse Yves Cohen dans Le Siècle des chefs.

En articulant une étude des littératures profanes et spécialisées sur le commandement jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et une analyse des pratiques des chefs, il nous invite à suivre à la trace les actions des ingénieurs et directeurs d’usine et l’exercice du commandement par Roosevelt, Hitler, et surtout Staline.

Le Siècle des chefs offre ainsi une vaste fresque transversale et internationale de la montée de la figure du chef, fondamentale pour comprendre les spécificités de l’histoire du xxe siècle.

Sadri Khiari

Sadri Khiari est un membre fondateur du Parti des indigènes de la république. Il est l’auteur de Tunisie. Coercition, consentement, résistance. Le délitement de la cité (Karthala, 2003), Pour une politique de la racaille (Textuel, 2006), La Contre-révolution coloniale en France. De de Gaulle à Sarkozy (La Fabrique, 2009), Sainte Caroline contre Tariq Ramadan (La Revanche, 2011).

Malcolm X

Si le parcours personnel de Malcolm X rencontre un écho profond parmi ceux qui, en France comme aux États-Unis, se vivent comme des « colonisés de l’intérieur », c’est qu’ils y trouvent, en même temps qu’un modèle pour leurs luttes, l’expression d’une oppression raciale partagée et d’une même exigence de dignité.

Au-delà de l’aspect biographique, on oublie trop souvent l’effort permanent de Malcolm X pour développer une stratégie politique qui puisse encadrer les résistances, dans une perspective de libération. C’est à ce travail d’élaboration stratégique, ancré dans une longue pratique de résistance et dans sa propre condition de Noir dans une Amérique ségrégationniste, que cet essai se veut une introduction.

Convaincu que le cheminement politique de Malcolm X est riche d’enseignements pour les populations qui subissent le racisme, Sadri Khiari, à partir des enjeux spécifiques au champ politique hexagonal, ouvre à une réappropriation critique de la pensée de Malcolm X.

Division Street

Chicago, 1965. Le souvenir de la Grande Dépression et de la seconde guerre mondiale n’est pas loin. Celui de la crise de Cuba encore moins. Le Vietnam est un désastre. Le mouvement pour les droits civiques obtient ses plus grandes victoires au prix de luttes acharnées. Chicago, ville gangrénée par la corruption, la mafia et les inégalités sociales, est bouleversée par les plus grands réaménagements urbains de son histoire. Ceci n’est pas un polar, mais le premier livre d’entretiens de Studs Terkel. Armé de son enregistreur, le journaliste capte la parole de la piétaille au gré de ses rencontres et de ses errances dans les bars, les rues et les taxis, de part et d’autre de Division Street, artère de Chicago qui symbolise pour lui les divisions politiques, sociales et culturelles de l’Amérique. Il prend ainsi la température de sa ville, et nous offre un instantané saisissant des années 1960 aux États-Unis. Vietnam, communisme, bombe atomique, racisme, pauvreté, transformation du travail par l’automatisation, syndicats corrompus, spéculation immobilière et expropriations, déliquescence du lien social : c’est une Amérique rongée par le doute, la peur et l’impuissance que nous donne à voir ici Terkel. Doute, peur et impuissance parfois suspendus, toutefois, par le constat de la puissance politique des citoyens rassemblés pour exiger leurs droits ou simplement une vie décente. L’impression de fin du monde imminente, d’une société au bord du gouffre, qui domine ces quelques soixante-dix entretiens, préfigure paradoxalement les transformations profondes que connaîtront bientôt les sociétés occidentales au cours des années 1968.

Le Populisme autoritaire

« Si la gauche ne parvient pas à comprendre le thatchérisme – ce qu’il est, pourquoi il a surgi, quelle est sa spécificité historique, quelles sont les raisons permettant d’expliquer qu’il soit en mesure de redéfinir l’espace politique et de désorganiser la gauche –, alors celle-ci ne pourra pas se renouveler parce qu’elle sera incapable de comprendre le monde dans lequel elle doit vivre, ou qu’elle « disparaîtra » dans une marginalité définitive. »
— Stuart Hall