Arnaud Maillet et historien et théoricien de l’art. Il est maître de conférences à l’université Paris IV. Il est l’auteur de Le Miroir noir. Enquête sur le côté obscur du reflet (Kargo & L’éclat, 2005).
Auteur : Editions Amsterdam
Prothèses lunatiques
Les lunettes permettent à ceux qui ne voyaient plus, ou mal, de recouvrer la vue. C’est un fait. Et l’on pourrait penser a priori que c’est un bienfait. Mais il n’en est rien. Car on oublie de dire que, dans bien des cas, le remède peut s’avérer pire que le mal…
Partant de ce constat médical qui se développe particulièrement dans les années 1930, cet ouvrage d’archéologie visuelle creuse une logique de pensée, simple, mais oubliée ou occultée, selon laquelle les techniques compensatoires se retournent en fait contre ce qu’elles sont censées suppléer.
Une telle façon de penser est largement soumise aux fantasmes : Breughel, Callot, Rowlandson, Degas, Hoffmann, Poe, Huxley ou même le Dr Bates ont développé, chacun à leur manière, une méfiance à l’égard des lunettes. Mais ces fantasmes, à l’égal de la caricature ou du lieu commun, nous rappellent à tous, en définitive, que ces « précieuses béquilles » ne constituent pas toujours une seconde nature. À travers l’histoire des lunettes et de leur représentation, c’est donc à une véritable réflexion sur la notion de prothèse que nous convie cet ouvrage. Et, à travers la science, la sociologie, l’histoire, la littérature et l’art, ces lentilles philosophiques nous révèlent donc quelque chose de notre rapport au monde.
Jean-Claude Lebensztejn
Jean-Claude Lebensztejn est un historien de l’art et un critique. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont récemment Pygmalion (Presses du réel, 2009) et Déplacements (Presses du réel, 2013).
Transaction
« Les foiblesses des grands hommes donnent le ton et marchent à côté des vertus qui les rachètent ; la flatterie souffle la domination et fomente la licence ; tout égare la multitude séduite par l’exemple : comment assujettir la contagion qui se meut par tant de contrastes ? Le voici : ce qu’un gouvernement n’ose faire, l’Architecte l’affronte ; celui qui s’est fait un jeu d’animer des surfaces pierreuses ; celui qui a appelé toutes les formes pour les contraster ; celui qui a hazardé son usufruit placé sur l’art, peut bien engager aussi le fonds. Il fixera les imaginations vagabondes sur un monument qui éveille le pressentiment de la pudeur, et dans ses combinaisons il détruira les abus consentis. Semblable à l’astre du jour, quand il s’est baigné dans les flots de l’océan, pour purifier ses rayons brûlants, il transige avec la profondeur des mers pour reprendre en sortant un nouvel éclat. » (Claude-Nicolas Ledoux, l’Architecture, p. 199.)
Comment faire d’un bordel pseudo-grec à plan phallique le lieu d’une réflexion édifiante ? Tel est le rêve architectural de Ledoux, pour qui l’architecte doit édifier la société tout entière.
Le texte de son Architecture, souvent considéré comme délirant, a sa logique, qu’il convient d’édifier à son tour. C’est une logique onirique. Transaction est la deuxième partie d’un triptyque consacré au rêve : la première touche à l’Aurélia de Nerval, la troisième au rêve créateur et à la représentation du rêve. Le titre générique (Fleurs de rêve) est une citation inconsciente de Rimbaud, retrouvée en rêve : « les fleurs de rêve tintent, éclatent, éclairent » (Enfance).
Simon Tyssot de Patot
Philosophe huguenot originaire de Normandie, installé aux Pays-Bas, à Delft puis à Deventer, Simon Tyssot de Patot (1655-1738) rechercha toute sa vie la reconnaissance de la République des Lettres, sans jamais l’obtenir. Ayant dans ses derniers écrits, publiés sous son nom, manifesté ouvertement, sans doute en partie par provocation, un intérêt trop marqué pour les thèses de Spinoza, il fut accusé d’athéisme, d’obscénité et de spinozisme, chassé de la communauté réformée et banni de Deventer, ce qui le condamna à une existence misérable qu’il passa à tenter de racheter sa faute aux yeux de ceux qui l’avaient réprouvé.
Voyages et aventures de Jacques Massé
Sans doute le plus célèbre des romans d’initiation spinozistes, Voyages et aventures de Jacques Massé, publié anonymement en 1714, met en scène un catholique qui, après la mort de ses parents, évolue pendant un temps dans les cercles cartésiens parisiens, avant de s’embarquer sur un navire comme chirurgien, à la recherche d’aventures. Commence alors pour Jacques un cheminement qui le conduira du catholicisme au déisme, puis à l’athéisme. Sur la route des Indes orientales, son bateau fait naufrage à environ mille lieues de Sainte-Hélène, au large d’un paradis terrestre où prospère une société harmonieuse et pacifique. Là, Jacques passe cinq ans, au cours desquels il découvre les mœurs et les coutumes des habitants de ce monde utopique, organisé selon les principes d’une philosophie rationnelle et matérialiste. Tyssot signe ici une œuvre qui brille autant par son inventivité romanesque que par la hardiesse de son engagement philosophique.
Éric Maigret
Éric Maigret, chercheur au laboratoire « Communication et politique », maître de conférence en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris III, est notamment l’auteur de Penser les médiacultures : Nouvelles pratiques et nouvelles approches de la représentation du monde (avec Éric Macé).
Éric Macé
Éric Macé, chercheur au CADIS, maître de conférence à l’université de la Sorbonne nouvelle, dirige à l’EHESS un séminaire intitulé « Les imaginaires sociaux de masse ». Il est notamment l’auteur de Les Imaginaires médiatiques. Une sociologie postcritique des médias.
Mark Alizart
Mark Alizart est le directeur de l’action culturelle au Palais de Tokyo. Il a co-organisé le colloque de l’exposition Africa Remix au Centre Pompidou en 2005. Il est aussi rédacteur en chef de Fresh Théorie (Léo Scheer).
Stuart Hall
Né en 1932 à Kingston, en Jamaïque, Stuart Hall est une des figures les plus marquantes du monde anglophone. Il s’est d’abord illustré à Oxford dans les années 1950, en fondant avec Raymond Williams la New Left Review, revue d’inspiration marxiste qui a puissamment contribué au renouveau de la pensée socialiste et critique. Dans les années 1960 et 1970, il a assuré la direction du Center for Contemporary Cultural Studies de Birmingham, tête de pont des cultural studies qui ont profondément transformé la pratique des sciences sociales en Grande-Bretagne, puis aux États-Unis. Il a également contribué à l’essor des études postcoloniales en menant une réflexion, en partie autobiographique, sur la représentation des minorités noires au Royaume-Uni.
L’entretien conduit par Mark Alizart qui constitue le cœur de ce livre, réalisé à l’occasion de l’exposition Africa Remix au Centre Pompidou en 2005, en partenariat avec le musée du quai Branly, est précédé d’une biographie intellectuelle introductive, rédigée par Éric Macé et Éric Maigret, qui souligne l’actualité de Stuart Hall et les enjeux de sa traduction en France, et est accompagné d’une bibliographie commentée.
Ce livre à plusieurs voix voudrait ainsi rendre justice à une œuvre fondamentale – située au cœur de la conjoncture et des débats contemporains sur la culture, les médias, les identités, la postcolonialité et la mondialisation – en la donnant à lire pour la première fois au public francophone. Il inaugure la collection « Méthéoriques », destinée à travers essais et entretiens à faciliter l’accès des lecteurs aux travaux des théoriciens critiques de notre temps, et est publié parallèlement à Identités et Cultures. Politique des cultural studies, un recueil d’écrits de Stuart Hall parmi les plus importants, réunis par Maxime Cervulle en collaboration avec leur auteur.
En partenariat avec le Centre Georges Pompidou et le Musée du quai Branly.
Le capitalisme cognitif
Notre époque n’est assurément pas celle d’une transition vers le socialisme. L’ironie de l’histoire est que, si transition il y a, comme nous le pensons, il s’agit d’une transition vers un nouveau type de capitalisme. De ce point de vue, le socialisme et la gauche semblent en retard d’une révolution. La « mondialisation » actuelle correspond en effet à l’émergence, depuis 1975, d’un troisième type de capitalisme. Celui-ci n’a plus grand chose à voir avec le capitalisme industriel qui, à sa naissance (1750-1820), rompit avec le capitalisme mercantiliste et esclavagiste. L’objectif de ce premier volume de la collection Multitudes/Idées est de décrire et d’expliquer de façon claire et accessible les caractéristiques de ce troisième âge du capitalisme.
Pour analyser la Nouvelle Grande Transformation à laquelle nous assistons, nous nous proposons d’exposer le contenu d’un programme de recherche que résume l’expression de « capitalisme cognitif ». Bien que cette notion constitue une hypothèse de travail, elle fournit selon nous d’ores et déjà quelques idées directrices fondamentales, mais aussi des points de repères indispensables pour l’action. L’économie politique qui naquit avec Adam Smith ne nous permet plus d’appréhender la réalité qui se construit sous nos yeux (ce que sont la valeur, la richesse, la complexité du système de l’économie-monde) – ni a fortiori de traiter les défis qui attendent l’humanité, qu’ils soient écologiques ou sociétaux. Cet essai entend ainsi nous mettre sur le chemin d’une politique et d’une morale provisoires à la hauteur de cette Nouvelle Grande Transfomation.
Cette réédition révisée et augmentée de quelques-uns des débats qui ont suivi la sortie de ce livre, notamment au sein du groupe des économistes du Forum Action Modernités à l’Échangeur. Contributions de François Fourquet, Michel Henoschsberg, Antoine Rébiscoul et Philippe Lemoine, Philippe Aigrain et Olivier Assouly.
Yann Moulier Boutang
Yann Moulier Boutang est directeur de la rédaction de la revue Multitudes et professeur de sciences économiques à l’université de Compiègne. Il est notamment l’auteur de Louis Althusser, une biographie (tome I : La formation du mythe, 1918-1956) et de De l’esclavage au salariat : Économie historique du salariat bridé.
Hard Times
Hard Times nous fait revivre à travers des centaines d’entretiens, transcrits scrupuleusement, souvent hauts en couleur, les souvenirs de ceux qui ont traversé la Crise de 1929 et la Grande Dépression. Comment s’en sont-ils sortis, quelle empreinte la Grande Dépression a-t-elle laissée sur leurs vies, quelles leçons en ont-ils tirées ? Du krach de 1929 aux luttes syndicales, de la difficulté de la vie des fermiers et des migrants aux conséquences du New Deal, des menées du Ku Klux Klan au trafic d’alcool à l’époque de la Prohibition, la diversité des expériences et des points de vue exprimés dessine un monde complexe, marqué par la précarité mais aussi par la solidarité. À maints égards, il évoque celui dans lequel nous entrons aujourd’hui.
« Hard Times n’est pas une « reconstitution » de l’époque de la Grande Dépression, Hard Times ne transforme pas cette époque en objet du passé, en objet d’histoire –Hard Times, c’est cette époque elle-même, son parler, son atmosphère, ses histoires tragiques et comiques. Quiconque souhaite savoir où nous en étions alors et comment nous sommes parvenus là où nous sommes aujourd’hui doit impérativement lire ce livre. » (Arthur Miller)
La présente édition est accompagnée de notes visant à éclairer le contexte culturel et historique, ainsi que d’une sélection des célèbres photographies de Dorothea Lange sur l’Amérique de la Grande Dépression.
Expérimentations politiques
Dans ses précédents livres, Maurizio Lazzarato s’était attaché à proposer une analyse socio-économique du conflit des intermittents, afin de mettre au jour son potentiel de subversion et de critique radicales du paradigme néolibéral du capitalisme contemporain.
Afin de saisir ce que la grille socio-économique laisse inévitablement échapper, il met ici en oeuvre pour analyser ce conflit d’autres approches – dont la critique sociale en France n’a pas encore bien mesuré la pertinence politique et la fécondité heuristique : celles qu’ont élaborées, au cours des années 1960 et 1970, Michel Foucault, Gilles Deleuze, Félix Guattari ou encore Michel de Certeau, mais aussi les intuitions et les anticipations de Marcel Duchamp et de Franz Kafka sur ce qu’on pourrait appeler un « nouveau partage du sensible ».
Dans la « grande transformation » que nous sommes en train de vivre, il s’agit d’appréhender la difficulté qu’il y a à articuler l’analyse et les modes d’organisation fondés sur les grands dualismes du capital et du travail, de l’économie et du politique, avec l’analyse et les modes d’organisation expérimentés à partir des années 1968, selon une logique de la multiplicité, qui agit souterrainement, transversalement et à côté desdits dualismes.
Ce livre voudrait ainsi contribuer à tracer et à travailler quelques pistes pour remédier à l’impuissance qui découle de cette difficulté – qui est aussi une impasse politique.
Mythocratie
Comment comprendre le « pouvoir doux » (soft power) que mobilisent nos sociétés mass-médiatiques pour conduire nos conduites, pour nous gouverner ? Comment en infléchir les opérations pour en faire des instruments d’émancipation ? Cet ouvrage tente de répondre à ces questions en croisant trois approches. Il synthétise d’abord le nouvel imaginaire du pouvoir qui fait de la circulation des flux de désirs et de croyances la substance propre du pouvoir. Il se demande ensuite ce que peut un récit, et en quoi les ressources du storytelling, qui ont été récemment accaparées par des idéologies réactionnaires, peuvent être réappropriées pour des politiques émancipatrices. Au carrefour des pratiques de narration et des dispositifs de pouvoir, il essaie surtout de définir un type d’activité très particulier : la scénarisation. Mettre en scène une histoire, articuler certaines représentations d’actions selon certains types d’enchaînements, c’est s’efforcer de conduire la conduite de celui qui nous écoute – c’est tenter de scénariser son comportement à venir. C’est ce pouvoir de scénarisation, tel qu’il s’exerce au Journal de 20 heures ou dans la publicité, mais aussi dans nos conversations quotidiennes, qui décide du résultat des élections, des emballements boursiers, des montées du racisme, des contagions d’indignation ou de l’invention collective d’autres mondes possibles. Cet essai tente d’en baliser les contours généraux et d’en suggérer des usages émancipateurs.
Brigate Rosse. Une histoire italienne
Au début des années 1990, Mario Moretti, principal dirigeant des Brigades rouges pendant les années 1970, est incarcéré à Milan. Il accorde alors un long entretien à deux célèbres journalistes italiennes, Carla Mosca et Rossana Rossanda, ancienne dirigeante du Parti communiste italien. Publié pour la première fois en France, ce témoignage unique restitue au plus près l’histoire italienne des « années de plomb », la situation d’exception qui régnait alors, ainsi que le mouvement massif d’insubordination révolutionnaire qui secouait la péninsule transalpine. Tout au long de cette période, l’ordre existant semblait à chaque instant près de vaciller.
De la formation politique des premiers brigadistes dans les usines milanaises à l’arrestation de Moretti, plus de dix années se sont écoulées. En 1978, les Brigades rouges ont organisé l’un des événements majeurs de l’histoire italienne contemporaine : Aldo Moro, chef de la Démocratie chrétienne, promoteur d’un « compromis historique » entre cette dernière et le Parti communiste, est enlevé et exécuté… par Moretti lui-même, qui le reconnaît ici pour la première fois.
Tout au long de cette décennie, les Brigades rouges se sont évertuées, à travers la terrible radicalité du choix politique de la lutte armée, à combattre l’État, le capitalisme et l’exploitation, au nom de la liberté et de l’égalité. Sans compromis ni compromissions. Mais à quel prix ?
À l’heure où le monde semble s’installer de nouveau durablement dans une ère de turbulences et où partout les États mettent en place des législations d’exception au nom de la lutte contre le terrorisme, il importe plus que jamais de revisiter l’histoire italienne des « années de plomb ».